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 06 - Chapitre 6

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Shali-Virescent
Déesse de l'Annuaire Yaoi
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Messages : 52
Date d'inscription : 10/07/2014
Localisation : Gardanne

MessageSujet: 06 - Chapitre 6   Mer 21 Oct - 11:46


Chapitre 6


Note : Un peu de sexe, de sentiments et de vœux pieux.

Allistair galope contre vents et marées pour aller retrouver sa Belle !

* * *

Il avait galopé ventre à terre et, quand il arriva, son cheval soufflait trop fortement. Il l'avait épuisé plus que de raison et il ne lui offrit aucun réconfort tant il était inquiet. Il mit pied à terre et courut jusqu'au porche de la vieille bâtisse. Sa jambe le faisait affreusement souffrir, une sangle était même détachée.

Ce fut Henri qui lui ouvrit la porte et l'accueillit froidement. Le prince recula d'un pas tandis que le second des pères de Neige se dressait devant lui, menaçant.

« Tu n'es pas le bienvenue ici ! gronda l'homme.

- Neige, comment va Neige ? »

Il vit Henri tressaillir. Il n'avait pas fait attention au début mais il remarqua que le menuisier avait les yeux rouges et gonflés, il avait pleuré longtemps. Un frisson d'horreur se glissa dans les membres d'Allistair.

« S'il vous plaît, laissez-moi le voir, supplia le prince.

- Henri, qui est-ce ? »

Victor et Mandrain apparurent aux côtés de leur frère pour découvrir Allistair. Mandrain fit un pas, attrapa violemment le noble par le col et le bouscula.

« Comment oses-tu venir ici ? Tu n'apportes que le malheur dans cette maison.

- Mandrain, lâche-le. »

C'était Granny qui venait d'intervenir. Son fils relâcha sans douceur le prince qui s'écrasa au sol. La vieille femme semblait avoir pris dix ans tant le chagrin envahissait ses traits. Elle s'avança vers lui, faisant claquer sa canne sur le sol en bois.

« Pourquoi ? »

Sa voix était nouée.

« Je croyais que tu l'aimais et, pourtant, mon enfant avait le cœur brisé. »

Allistair avala difficilement.

« Mais, maintenant, il ne souffre plus, termina-t-elle avec un sourire triste. »

Le prince baissa les yeux. Son amant avait-il tout avoué de son identité ? Il s'agenouilla comme il put et baissa la tête, l'air minable. Neige était... mort ? Un violent haut-le-cœur le prit, mais il ne rendit rien. Les larmes coulèrent sur ses joues, silencieuses et ravageuses.

« Je voudrais le voir », souffla-t-il dans une nouvelle supplique.

Il était prince, héritier du royaume de Hautemar et, pourtant, il était là, pitoyable et brisé.

Il ne vit pas le regard de Granny qui faisait signe à ses fils de l'aider à se relever. La vieille femme fit quelques pas vers lui.

« Cette fois, c'était une pomme, murmura-t-elle avec émotion. Une simple pomme bien rouge comme le sang. »

Allistair leva les yeux vers elle. La grand-mère tenait entre ses mains un torchon sur lequel reposait le fruit meurtrier. Il avait été croqué sur le côté.

« Till a ramené un panier offert par la femme du boulanger, sourit tristement la grand-mère. Il a vu Neige si triste à pleurer dans son lit alors il lui a offert un de ces magnifiques fruits. Une bouchée et... il s'est éteint.

- S'il vous plaît, Granny, laissez-moi le voir une dernière fois, supplia Allistair.

- Tu verras, il est si beau. »

André et Paul attrapèrent le prince par les bras et l'aidèrent à se mettre debout. Des sept frères, seul Till était absent. Sans doute était-il enfermé dans sa chambre à regretter son geste.

Ils l'entraînèrent derrière la maison, dans le petit jardin qu'ils avaient aménagé. Là, au pied d'un vieux chêne, Allistair découvrit un cercueil près d'une tombe - celle de leur père. Il avait été fabriqué par la fratrie à partir de l'arbre dans lequel ils avaient trouvé Neige. Le tronc avait été coupé en deux puis vidé en grande partie pour en faire comme un lit. Ils avaient laissé suffisamment de hauteur pour pouvoir y poser une plaque de verre et ainsi laisser la lumière éclairer le joli visage de son occupant. C'était la fin de l'automne alors il n'y avait pas beaucoup de fleurs, juste quelques couronnes de feuilles rouges et oranges.

Allistair se détacha de la poigne des deux frères et s'avança à pas lents. Le temps semblait s'être arrêté, et il sentait son corps s'alourdir à chacun de ses pas. Et une fois arrivé devant le coffret en bois, son cœur se comprima dans son torse. Il posa les mains sur la vitre, et ses larmes gouttèrent lentement dessus.

La colère et la tristesse l'envahirent. Colère contre Anne et Catherine dont il avait la certitude qu'elles avaient empoisonné les pommes. Tristesse car c'était à cause de lui que l'amour de sa vie finissait dans ce cercueil.

« Tu es si beau, souffla-t-il avec un sourire malgré ses larmes. Tu as l'air de dormir. »

Il osa faire glisser la vitre qui protégeait le garçon. Neige était juste là, allongé dans son lit douillé. Cela lui rappelait les matins quand il se réveillait à ses côtés.

Il tendit une main fébrile et caressa doucement sa joue. Elle était blanche et froide. Une larme s'écrasa sur la peau de lait. Derrière lui, les frères reniflaient. Il avait détruit l'harmonie de cette famille et leur rayon de soleil.

« Je suis tellement désolé. »

Il se pencha vers Neige et déposa un baiser, long et tendre. Les lèvres du garçon étaient fraîches et avaient perdu leur éclat rosé. Il se détacha et remit quelques mèches blanches à leur place. Il ferma les yeux et prit une inspiration avant de se redresser. Il fit quelques pas vers la famille.

« Je vais récupérer Tempête et je ne vous déran... »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il entendit tousser juste derrière lui. Tout le monde se tourna vers le bruit, les yeux écarquillaient de surprise.

« Neige ! »

Allistair posa les mains sur les rebords du cercueil tandis que Neige toussait pour expulser quelque chose qui lui entravait la gorge. Le morceau de pomme sortit, et le garçon gémit.

« Neige ! »

Cette fois, c'étaient Granny et ses pères qui l'appelèrent en prenant place autour du coffret de bois. Le jeune homme papillonna des yeux, essayant de comprendre ce qu'il se passait autour de lui.

« Granny, pères ? murmura Neige.

- Oui, fils, nous sommes là.

- Alb-Allistair ? »

Sa voix partit dans les aiguës alors qu'il découvrait le prince penché sur lui. Ce dernier avait un sourire heureux et les yeux remplis de larmes comme tous les autres.

« Oui. »

On retira la plaque de verre et on laissa Allistair prendre délicatement le garçon dans ses bras. Il le sentit se serrer contre lui, et cela réchauffa son corps. Neige lui sembla si fragile alors qu'il le portait dans la maison.

« Couche-le dans son lit, demanda Granny alors que Victor ouvrait le chemin. Je vais préparer un potage. Bien chaud. »

Avec précaution, il déposa son précieux fardeau sur les couvertures et il s'assit juste à côté, osant glisser le revers de ses doigts sur la joue pâle.

« Je suis tellement désolé, souffla-t-il.

- Al-listair... tu n'y es pour rien.

- Si, tes pères et Granny ont raison, je ne t'apporte que du malheur. »

Il frémit quand Neige leva la main pour caresser sa joue. Le prince attrapa la curieuse et déposa un baiser dessus, fermant les yeux pour profiter du moment.

« Je m'excuse d'avoir réagi si vivement, avoua Neige avec hésitation. Je n'aurai pas dû m'emporter et plutôt t'écouter.

- Nous sommes deux idiots et, moi, bien plus que toi. »

Ils rirent comme deux enfants alors que Victor et Granny revenaient avec des couvertures chaudes et un bon repas pour eux.

« Granny, père, je veux qu'Allistair reste près de moi ce soir », réclama Neige.

Les deux intéressés posèrent un regard surpris sur le jeune couple et finirent par hocher la tête.

« Allistair est un bien joli prénom, Votre Altesse. »

Le prince rougit vivement, et cela fit rire Neige. Après s'être assuré que tout allait bien et que leur enfant mangerait, les deux adultes quittèrent la pièce. Ils ne voulaient pas déranger les jeunes gens dans leur discussion. Ils brûlèrent le panier et les fruits qu'il contenait en espérant que jamais d'autres malheurs n'arrivent.

« Ils savent alors...

- Oui, je leur ai dit, avoua Neige. Ils sont ma famille, je ne peux pas leur cacher cela. »

Le noble frémit en sentant la main de son amant se glisser dans la sienne.

« Je t'en veux encore, tu sais, commença par dire Neige. Mais, je... je t'aime aussi. »

Allistair tourna les yeux vers le garçon et admira ses pommettes passer à un rouge soutenu. Il sourit tendrement avant de secouer la tête. La porte de la chambre était fermée mais Granny ou les pères de Neige devaient sûrement être dans les parages pour le cas où. Alors, pour le moment, il se contenta d'amener le plateau au plus près d'eux et de s'installer près de son amant.

« Allons, mange sinon ta grand-mère va venir me tirer les oreilles.

- Ou mes pères !

- Je ne veux même pas y penser, frémit Allistair en se rappelant son arrivée. Tu... veux en parler ? De ma vie à Clairvauds ?

- Oui. »

Neige se redressa et attrapa son bol et une cuillère. Allistair fit de même, et ils mangèrent d'abord dans un silence tendu. Puis le prince commença son récit. Il avoua qu'il avait fui Clairvauds pour se vider l'esprit de toutes les hypocrisies, les manigances et les faux semblants. L'incident avait été le meilleur moment de sa vie puisqu'il avait rencontré Neige. Ce dernier et sa famille l'avaient accueilli chez eux et s'étaient occupés de lui sans rien attendre en retour. Jamais des gens n'avaient agi ainsi avec lui, si naturellement, alors il avait souhaité continuer à n'être qu'un soldat anonyme. Ce qu'il n'avait par contre pas prévu, c'était de tomber amoureux de son sauveur qui était une personne si gentille et si simple, contrairement aux autres de son entourage. Éperdument amoureux au point de contrarier sa promise et sa sorcière de mère.

« Ta fiancée...

- Oui, Catherine, soupira Allistair en reposant leurs plats au sol. C'est à cause d'elle que tu es dans cet état. »

Le prince se réinstalla sur le lit et commença à défaire les sangles de sa fausse jambe. Il se massa la cuisse et soupira.

« C'est toi qui fais battre mon cœur, Neige.

- Oui mais tu es fiancé et tu es prince.

- Je ne veux pas de ce titre, de cette vie, de toutes ces choses, avoua Allistair avant de se pencher sur son amant. Je veux... une vie simple, une vie avec toi ! Je sens que ma vie de prince et mes attentes ne sont plus les mêmes depuis l'accident qui m'a fait perdre ma jambe.

- Mais tu ne peux pas.

- Pourquoi ? Je pourrais aller trouver mon père et lui annoncer que je renonce à ma place ! Un de mes cousins prendra le trône, ce n'est pas les ambitieux qu'il manque dans ma famille.

- Et tu te contenterais de vivre d'amour et d'eau fraîche dans la maison d'un paysan avec sa vieille grand-mère et sa famille ? » se moqua Neige.

Il éclata de rire quand Allistair fondit sur lui pour l'embrasser, répondant à sa question. Le baiser se fit d'abord joueur puis lentement plus langoureux. Le prince frissonna aux mains que Neige pressa sur sa nuque tandis qu'il venait déposer des baisers sur sa gorge pâle.

Avec douceur, le prince le déshabilla, retirant chacun des vêtements encombrants du jeune homme. Ce dernier fit pareil, tirant en premier sur la chemise en glissant ses mains sur le dos de son amant.

Neige frémit quand les lèvres partirent à l'assaut de son corps. Il tendit la main en arrière, vers la planche au-dessus de sa tête qui lui servait de table de chevet, et attrapa le petit pot que son partenaire avait laissé. Il manqua de le faire tomber quand Allistair le toucha, excitant son membre.

« Alb-Allistair... »

Il resserra sa prise sur le récipient et leva la tête pour observer le prince. Ce dernier lui prit l'onguent et l'ouvrit. Il plongea les doigts dans la matière huileuse et sourit avant de se pencher pour embrasser Neige.

Tandis qu'une des mains du prince s'occupait à l'exciter, l'autre s'insinua entre ses fesses pour effleurer son intimité. Neige se tendit dans un soubresaut, un sourire tendre ourlant ses lèvres. Il ferma les yeux quand une phalange se glissa en lui. De lourds soupirs passèrent ses lèvres, et il leva les mains pour masser les épaules de son amant.

Il y a encore quelques heures, il était considéré comme décédé et, maintenant, il allait connaître une autre mort, mais de plaisir dans les bras de l'homme qu'il aimait. Il gémit en sentant un autre doigt le préparer et prit les lèvres d'Allistair en otage pour un baiser fiévreux. Il sentait le propre membre de son amant prendre forme contre sa cuisse et il avait chaud, surtout quand son partenaire frôlait ce point délicieux en lui qui lui envoyait des frissons dans tout le corps.

« S'il te plaît... »

Il fit un mouvement pour se retourner, mais Allistair le bloqua. Un sourire lui répondit puis un baiser coupa court à sa question muette. Le prince, finissant de mettre de l'huile sur son propre organe, s'installa correctement entre ses cuisses et les lui releva.

« Qu'est-ce que tu...

- Je veux voir tes jolis yeux quand je te fais l'amour. »

Neige rougit furieusement et hocha lentement la tête. Il sentit le membre viril contre son intimité et agrippa les épaules du prince avec fermeté.

« Ne me quitte pas du regard.

- Pourquaaah ! »

Neige se tendit vivement alors que son amant s'insinuait en lui dans de longues poussées. Il se mordit la lèvre du bas, respirant vivement, mais garda les yeux grands ouverts, plongés dans le bleu de ceux de son partenaire. Il raffermit sa prise sur le haut du corps d'Allistair et sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine. Allistair se fit d'abord lent pour l'habituer puis les coups de reins augmentèrent. Il lui attrapa les hanches, et l'étreinte se fit plus fiévreuse. Ils échangèrent des baisers brûlants, aspirant les gémissements de l'un et de l'autre alors que le plaisir grimpait dans leurs veines.

« Allistair... je t'en prie ! »

Le prince frémit quand son amant gémit son prénom de sa voix chaude et redoubla d'ardeur. Le délicieux frisson du plaisir était comme des vagues dans leur corps, les plongeant à chaque coup de rein au plus près du précipice jusqu'à finir par les emporter. Le souffle court et le corps repus, Allistair se coula sur un Neige tremblant et embrassa sa gorge avec maladresse dans un rire. Il tira les couvertures à eux et les enferma dans un cocon de chaleur.

« Je t'aime tellement », souffla-t-il à l'oreille de Neige.

Ce dernier gloussa et poussa son amant sur le dos avant de se lover contre lui, un bras autour de sa taille. Il sourit, baillant doucement, heureux, avant de finalement s'endormir.

* * * * * * * * * * * * *

Allistair était resté plusieurs jours auprès de son amant. Ils avaient longuement discuté de leur projet avec les membres de la famille. Ce fut un moment délicat et houleux, mais les deux garçons tinrent bon. Henri s'était vivement emporté, Paul avait essayé de le calmer tandis que Victor était resté silencieux. Les autres frères n'avaient pas su quoi dire. Neige était leur enfant et ils voulaient son bonheur. Mais le laisser partir. Loin d'eux...

Pourtant, ce matin-là, le premier de l'hiver, Allistair et Neige étaient dehors et chaudement vêtus. Le prince remonta le col de la veste de son amant avec tendresse. Ils avaient fait l'amour au réveil, Neige à califourchon sur lui alors que le soleil se levait et éclairait à moitié sa peau à travers les rideaux non fermés.

« Je ne veux pas que tu ailles à Clairvauds, avoua le garçon, la gorge nouée.

- Neige, nous en avons déjà parlé, soupira Allistair en prenant son visage en coupe entre ses mains. Je me dois d'être honnête avec mon père et avec mes amis. Damian et Eddric doivent savoir.

- J'ai peur. J'ai peur que tu ne puisses revenir. »

Allistair secoua la tête et déposa un baiser sur ses lèvres tremblantes. Dieu qu'il l'aimait.

« Je reviendrai et nous partirons, ensemble, pour notre nouvelle vie. »

Neige lui attrapa vivement les mains et leva un regard suppliant vers lui.

« Partons maintenant, nos affaires sont prêtes et Granny a fait suffisamment de réserves pour que nous en emportions.

- Neige, mon amour... »

Allistair mit un genou à terre, gardant les mains de son amant dans l'une des siennes. Il les embrassa. Elles étaient froides. Il retira sa chevalière et la glissa à l'un des doigts du garçon.

« Ceci est une promesse, souffla-t-il en embrassant la bague. La promesse que je viendrai te chercher dans trois jours au croisement. »

Il sentit la main de son amant trembler et se refermer sur la sienne. Il se leva péniblement et Neige lui sauta au cou pour chercher du réconfort dans un baiser.

« Ne pars pas, je t'en prie !

- Dans trois jours, amour, et nous irons où tu le souhaites pour commencer notre vie. »

Ils échangèrent un long baiser jusqu'à ce qu'Allistair se détache pour lui caresser les joues. Il l'embrassa tendrement une dernière fois et monta en selle pour retourner à Clairvauds, le regard sûr et sans faille.

Neige le suivit sur quelques mètres, le cœur serré. Une fois que son amant eut disparu derrière les arbres, il baissa les yeux sur la bague et posa les lèvres dessus. Il avait peur. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait l'inquiétude le ronger.

Et la sensation ne le quitta pas durant les trois jours d'attente. Au matin annoncé, il s'était chaudement vêtu, et Granny lui avait préparé un baluchon pour le chemin. Ils avaient tous essayé de le dissuader, mais le jeune homme avait choisi, il désirait suivre Allistair et rien ne le ferait changer d'avis. Alors il était assis sur un tronc au croisement et attendait.

« Tu n'as pas froid ? demanda Granny en venant près de lui.

- Non, ma veste est chaude et agréable, ne t'inquiète pas !

- S'il tarde trop, tu peux rentrer à la maison l'attendre.

- Grand-mère, tout ira bien. »

La vieille femme se pencha vers lui et le prit dans ses bras, bien trop émue.

« Tout ira bien, répéta-t-il pour la rassurer. Je te ferai parvenir une lettre quand nous serons installés. »

Elle hocha la tête sans le relâcher. Il tendit les bras pour lui rendre son étreinte et dix minutes passèrent avant qu'elle ne se décide enfin de le laisser seul. Et il attendit... longtemps. Toute la matinée d'abord, l'obligeant à prendre un bout de pain et de fromage dans son sac. L'inquiétude le gagnait. Et si Allistair ne revenait pas ?

« Il viendra. »

Il se répéta cela avec espoir.

Et il patienta encore, resserrant son manteau autour de ses épaules. L'après-midi toucha à sa fin, et le froid de la nuit tomba, mordant. Victor finit par venir le chercher et le ramener à la maison. Neige garda le regard baissé, le cœur lourd et le corps engourdi par la longue attente dehors.

Son père jeta un regard insistant à sa vieille mère et celle-ci secoua la tête. Cela ne servait à rien d'enfoncer davantage le clou. Leur petit avait l'air déjà bien abattu.

« Neige, mon chéri, souffla Granny en caressant sa tête avec douceur.

- Il viendra ! Il a juste été retardé. »

Le garçon se leva et monta à sa chambre, s'y enfermant, le cœur lourd.

Et deux nouveaux jours passèrent encore sans que le prince ne montre le bout de son nez. Granny et ses fils tentèrent de raisonner Neige, mais ce dernier ne voulait rien entendre. Aussi, bien avant le lever du soleil, le garçon s'était vêtu chaudement, avait pris toutes ses économies, couvertures et nourriture et tirait sur les rênes de Tempête. L'étalon n'était pas entièrement guéri, Neige n'avait pas d'autre choix.

« Chut, mon beau. »

Neige lui offrit une caresse sur le chanfrein.

« Nous allons rejoindre ton maître. »

Il sourit avant de jeter un regard triste vers la bâtisse. Il avait laissé un mot pour Granny, posé sur la table de la salle afin qu'elle ne s'inquiète pas pour lui.

Une fois au croisement, il attacha son baluchon et grimpa en selle. Pour rejoindre Clairvauds, il devait suivre la route principale. Cela serait facile mais long d'une journée, peut-être plus avec un cheval convalescent et le temps froid.

Et, en effet, il dut faire halte alors que la nuit tombait et que Tempête peinait à avancer. Il s'arrêta dans une petite auberge. Avec ses maigres moyens, on lui proposa une paillasse dans une chambre étroite et à peine un repas chaud pour le soir - il préférait conserver ses vivres pour le voyage. Il dormit mal et le réveil fut difficile, mais il reprit la route avant le lever du soleil.

Quand, enfin, il arriva à Clairvauds, le soleil était à son zénith. Il s'arrêta avant le grand pont qui permettait d'entrer dans la ville pour manger un bout. Assis sur un rocher, il pouvait apprécier la vue sur l'immense cité. Il y avait de l'effervescence. Il aperçut des décorations, et les gens qui passaient le pont semblaient heureux. Il poussa un soupir satisfait et sourit.

Fresne était une cité moyenne face à Clairvauds, mais la capitale semblait construite comme sa petite sœur, alors retrouver Allistair ne serait pas si compliqué. Il lui suffirait de suivre la grande rue qui arpentait la cité jusqu'au château. Ce dernier surplombait la ville sur son rocher, avec sa tour et ses remparts.

Il remballa ses affaires et attrapa les rênes de Tempête avant de s'avancer vers le pont. Long et large, il enjambait le fleuve qui sillonnait la région. Même s'il était inquiet et plein d'appréhension, Neige ne pouvait qu'apprécier le voyage. Après tout, il n'avait jamais quitté Chambauds. Personne ne l'arrêta quand il arriva de l'autre côté, et il leva les yeux quand il arriva aux portes de la ville. La herse était levée et il tourna sur lui-même pour scruter chaque pierre qui l'entourait. Il bouscula un marchand et s'excusa avant de reprendre la route.

Il lui fallut pas moins de deux heures pour arriver devant les portes du château. Autant parce que le chemin était long et sinueux que parce que ses sens avaient été attirés par toutes les merveilles que recelait la citadelle. Il avait traversé une rue sentant bon les épices et les plantes aromatiques. Certaines lui rappelaient celles qu'utilisait Granny - lui pressant le cœur. Il était également passé par le marché coloré et bruyant, et il avait dépensé un sou pour acheter une sucrerie.

Mais, partout, il avait entendu les terribles rumeurs : le prince allait se marier. C'était pour cela que la ville s'était parée de ses plus beaux atours et que les rues principales étaient si propres. Neige avait essayé d'occulter ce qu'il entendait. Allistair lui avait fait une promesse, et il était impossible qu'il ne la tienne pas. Il l'aimait. Maintenant, il était devant les immenses et lourds battants en bois que représentait l'entrée du château.

Son cœur battait fort dans sa poitrine, et il avala difficilement. Il leva la main et serra la chevalière qu'il portait en pendentif autour du cou. Il trouverait son amant et ils s'enfuiraient vers ce ailleurs dont ils avaient rêvé ensemble. Il prit une inspiration et passa les portes.

Il attacha Tempête à un poteau dans la grande cour du château et inspecta les alentours. Peut-être pourrait-il aller trouver Damian ? Le capitaine l'aiderait sans doute à dénicher le prince dans ce dédale. À sa droite, il identifia la caserne où soldats et hommes en armes allaient et venaient. Il attrapa son chapeau et le vissa sur sa tête, rentrant sa longue tresse en dessous.

Il s'avança, gardant son baluchon avec lui, et demanda au premier homme croisé où était le capitaine Kerson. Le fantassin le regarda des pieds à la tête et le poussa vivement.

« Fiche le camp, petit ! Tu n'as pas à savoir cela.

- Mais... s'il vous plaît, c'est important ! supplia Neige.

- Dégage de là, nous avons à faire avec le mariage du prince. »

Neige manqua de tomber quand il lui donna une nouvelle poussée de la main. Sans se démonter, il se rapprocha encore de deux ou trois soldats avant de geindre et de piétiner sur place.

« Mais bon sang, que se passe-t-il donc ici ? Où sont le capitaine et Eddric ! »

Il se mordit la lèvre du bas. Il ne devait pas se laisser abattre. Il tourna sur lui-même pour essayer de se repérer. Il avait surpris une conversation entre quelques soldats et avait appris que le prince se trouvait à la capitainerie. Il voyait avec le capitaine de Vayres le placement de sa garde lors de la cérémonie.

Neige se posta non loin de la porte du bâtiment avec Tempête. Au moins, le prince reconnaîtrait-il son cheval ! Il attendit longtemps, brossant l'étalon avec du matériel emprunté aux écuries. Quand tierce sonna enfin, la porte s'ouvrit et il vit Allistair sortir, bien vite suivi par le capitaine. Neige sourit grandement et déposa la brosse. Le prince s'avançait vers lui et le cœur du garçon tambourinait dans sa poitrine.

« Allistair », murmura-t-il alors que le prince approchait.

Ce dernier tourna le regard vers lui et fronça les sourcils en reconnaissant son cheval.

« Toi, là ! gronda-t-il à l'adresse de Neige.

- O-Oui ? »

Le jeune homme sursauta par le ton sec et autoritaire qu'il ne lui connaissait pas. Peut-être jouait-il le jeu afin que personne ne se doute de quelque chose ? Le regard impénétrable qu'Allistair posa sur lui le fit frémir de peur.

« Tu es un membre de la famille de cette vieille femme chez qui j'ai laissé mon animal ?

- Oui. Je...

- Bien, va voir l'intendant, ordonna Allistair en désignant le palais. Non, viens avec moi. Nous te dédommagerons et te récompenserons pour vos besoins. »

Neige hoqueta de surprise et laissa Allistair partir en avant sans l'attendre pendant qu'un garçon d'écuries venait prendre les rênes.

« Allons, j'ai à faire, alors dépêche-toi ! »

Il sursauta, incapable de comprendre ce qu'il se passait réellement, et courut à la suite du prince. Il marcha à son rythme lent à cause de sa fausse jambe, lui lançant des regards inquiets. Il ouvrit plusieurs fois la bouche sans savoir quoi dire. Le regard d'Allistair était comme... éteint.

Ils arrivèrent dans un couloir, et il osa attraper un bout de la manche du prince. Ce dernier se stoppa et tourna les yeux vers lui avant de lui arracher son bras.

« Qui t'a permis ? gronda-t-il.

- Allistair, c'est... c'est moi, Neige, murmura le garçon avec un regard plein d'espoir.

- Je suis ton prince, se fâcha l'intéressé. Pas un de tes amis bouseux. Alors, tu t'adresses à moi avec plus de respect.

- Je... nous sommes seuls, tu n'es pas obligé d'être si désagréable, se plaignit le jeune homme en retirant son chapeau. Tu ne me reconnais pas ? »

Le prince fronça les sourcils face à l'impudent qui osait lui parler aussi familièrement. Il ne connaissait aucun garçon à l'étrange apparence comme lui.

« Pourquoi devrais-je te reconnaître ? Je ne côtoie pas les gens comme toi. »

Ces mots avaient été crachés somme s'il s'agissait-là d'une maladie. Neige se figea, blanc comme un linge, avant de lui attraper les bras, le regard suppliant.

« C'est elle, n'est-ce pas ? geignit-il en élevant la voix. Elle t'a ensorcelé pour te séparer de moi comme elle a essayé de me tuer ! Allistair, s'il te plaît, amour !

- Comment oses-tu ? Gardes !

- Non, je t'en prie, pleura Neige dont la gorge se noua de terreur. Rappelle-toi, demande à Damian et Eddric ! »

Il tenta d'attraper le visage de son amant pour l'embrasser, mais ce dernier le repoussa vivement, le faisant atterrir dans les bras de deux gardes qui arrivaient au pas de course. Allistair s'essuya le visage du revers de sa manche et jeta un regard noir au garçon. Il leva le bras et le pointa du doigt.

« Tu vas finir dans nos geôles pour te remettre les idées en place, annonça le prince avant de faire signe aux soldats. Mettez-le au frais !

- Allistair, non ! »

Neige se débattit comme un beau diable mais rien ne fit lâcher la poigne des deux hommes. Il appela le prince, le supplia de ne pas le laisser aller en prison. Les larmes inondèrent ses joues, et sa voix se brisa tandis qu'on le traînait au sous-sol.

« Calme-toi, gamin ou on t'assomme ! »

Le garde en faction ouvrit la première cellule, et les deux gars jetèrent sans douceur Neige dans la pièce. Le garçon atterrit brutalement sur la paille défraîchie et tenta de se lever pour sortir. On referma la porte, et il ne put que s'accrocher aux barreaux en pleurant et gémissant.

Il passa une bonne heure ainsi à déchirer le silence des lieux par ses cris. Le soldat manqua lui éclater les doigts contre les barres de fer pour le calmer. Et ce fut plus par fatigue qu'il s'arrêta et se laissa glisser au sol. Ses yeux étaient gonflés, sa gorge en feu et son souffle chaotique.

Allistair ne lui aurait jamais fait ça même pour donner le change. Il l'aurait amené avec un peu de brusquerie dans une autre pièce et l'aurait rassuré. Jamais il ne lui aurait parlé ainsi ni jeté de tels regards. Le jeune homme s'essuya les joues comme il put en reniflant bruyamment.

Il perdit la notion du temps et, quand un garde lui apporta une gamelle d'une bouillie infâme, il s'était calmé. Perdu et désespéré mais calmé. Il leva les yeux vers son visiteur et osa lui demander d'une voix étranglée.

« S'il vous plaît, où sont le capitaine Kerson et Eddric, le cuisinier ? »

Le type fuit son regard mais finit par soupirer. Il s'accroupit pour être à la hauteur du garçon. C'était la pitié qui le fit lui répondre.

« Le cuisto a tenté d'empoisonner notre bon prince, avoua-t-il. Qui aurait cru après toutes ces années à son service, hein ?

- Mais pourquoi ?

- Va savoir. C'est dame Catherine qui a découvert le piège. »

Neige tressaillit. Encore cette femme.

« Que... s'est-il passé ?

- 'sais pas, répondit le type en posant les mains sur ses genoux. Le prince allait croquer dans la poularde et la belle s'est mise à crier. On a trouvé une fiole dans les poches du cuisto qui essayé de fuir, et on l'a jeté au trou immédiatement.

- Et le capitaine ?

- Pour sûr qu'il a voulu défendre son mignon mais on a trouvé des lettres compromettantes dans sa chambre, avoua le garde en se penchant vers lui. Des trucs louches, et le prince a mis le grand gaillard aux arrêts. »

Neige fronça les sourcils. Tout était trop facile.

« Mais et les preuves ? Eddric et Damian adoraient All-le prince.

- 'sais pas, d'après ce qu'on dit Sa Majesté aurait eu des mots avec l'abbé à cause de la relation contre-nature de son capitaine. Tu sais... fricoter avec le mignon... »

Neige tressaillit. C'était impossible qu'Allistair ait lancé de telles accusations. Rien n'avait de sens.

« Ils sont où ?

- Le petit cuisto est dans la tour et le capitaine en bas.

- Et il va leur arriver quoi ? »

Le garde leva la main et l'ouvrit pour la poser sur sa gorge, mimant une pendaison. Neige écarquilla les yeux.

« Ils ont essayé de tuer le prince, ça pardonne pas !

- Mais... il ne peut pas ! »

Le garçon tenta de se lever mais en fut incapable, l'émotion était trop vive. Le garde haussa les épaules sans plus de cérémonie et se remit debout.

« Allez mange, petit, on te fera sortir bientôt si tout va bien. »

Il ferma les yeux tandis qu'il entendait les nones sonner. Il laissa les cloches vibrer et soupira avant de regarder le bol. Même si ce n'était pas appétissant, il avait faim. Il devait voir Allistair, encore une fois.

* * * * * * * * * * * * *

Même s'il avait une couverture, il avait pris froid à dormir sur la maigre paillasse, surtout avec une ouverture vers le dehors.

Allistair n'était pas venu le voir. Le garde qui lui amenait à manger et qui lui avait parlé de Damian et de Eddric, avait expliqué que le mariage se tiendrait dans trois jours et que Son Altesse ne se déplacerait pas pour un vulgaire paysan. Neige avait senti son cœur déjà meurtri perdre encore le peu d'espoir qui lui restait.

« Allez, viens, on te laisse sortir mais on te surveillera jusqu'à ce que tu sortes de Clairvauds ! »

Il se leva quand on ouvrit sa porte, et le soldat lui tendit ses affaires avec un baluchon rempli. Il l'escorta jusqu'aux écuries.

« Tu laisseras le cheval à Fresne, lui indiqua-t-il. Tu leur donneras cette lettre et le seigneur Gustave te donnera le reste de l'argent pour vous être occupé du cheval du prince. »

Neige avait gardé la tête baissée. Il prit le pli et la petite bourse. Il se moquait bien de l'argent.

« Et le prince ? J'aurai voulu le remercier...

- Hé hé tu te prends pour le roi de Savora ? Je t'ai dit qu'il était trop occupé. »

On lui tendit les rênes d'une jument à la robe ingrate mais aux membres solides.

« Allez, petit, rentre chez toi ! »

Le garde l'aida à se mettre en selle, et Neige leva la tête avec le mince espoir de voir son amant.

« N'y pense même pas, souffla le soldat. Il te ferait abattre sans même que tu t'en aperçoives. »

Le garçon frémit à la menace.

« Allez file, la neige va tomber ! »

Il remercia du bout des lèvres le soldat. Il quittait Clairvauds sans Allistair. Pire, il partait d'ici le cœur en miette et ses rêves piétinés. Alors qu'il mettait son cheval au pas, une calèche lui coupa la route. L'animal prit peur et cabra, manquant de faire tomber son cavalier qui se cramponna violemment.

La bête se calma, et la porte s'ouvrit. Neige rouvrit les yeux, soufflant pour ralentir les battements de son cœur. Il jeta un coup d'œil à l'occupant. Il se figea.

« All-Votre... Altesse...

- Ça ne va pas de traverser comme ça ? »

Le prince flatta l'animal et leva les yeux vers le garçon. Il fronça des sourcils.

« L'impudent, dit-il. C'est parce que tu t'es bien occupé de Tempête que tu ne finiras pas au bout d'une corde. »

Neige avala difficilement.

« Trop de gens me trahissent dernièrement.

- Jamais ! s'empressa de répondre Neige. Je suis to-votre plus fidèle serviteur. »

Allistair ne répondit rien et il sourit quand une voix féminine l'appela. Il tourna la tête et tendit la main vers celle qui sortait de l'habitacle. Un visage souriant apparu et Neige eut un haut-le-cœur quand le prince s'approcha pour baiser cette main.

« Allistair, mon aimé, nous devons nous dépêcher, sourit la jeune femme.

- Catherine, ma dame, j'arrive. »

Neige garda la tête basse, mais leva le regard sur la femme. Cette dernière le fixait avec un mécontentement qui sembla virer à la satisfaction. Le garçon sut...

« Toi, annonça Allistair avant de fermer la porte. Ne t'attends pas à plus de clémence la prochaine fois. »

L'albinos hocha la tête. Il avait envie de vomir. Celui qu'il aimait n'existait plus, disparu sous les manigances de cette femme qui se tenait près de lui. Les sabots claquèrent, les roues tournèrent et la calèche reprit son chemin.

Il resta un moment statique. Ses yeux lui brûlaient, et il retenait ses sanglots en se mordant la lèvre. Un soldat lui demanda de bouger et finit par donner une claque sur la croupe de la jument. Cette dernière se mit au pas. L'animal descendit la longue artère, et Neige se retrouva en dehors de la cité.

Il éternua vivement et resserra son manteau autour de lui. Il leva les yeux vers le ciel. Le soleil se levait à peine mais il ne le verrait pas vraiment : le temps était blanc, la neige allait tomber. Il n'osa pas regarder derrière lui. Il talonna la jument qui se mit au galop. Il devait partir, mettre le plus de kilomètres possibles entre ce faux Allistair et lui. Il ne devait pas espérer qu'avec un peu de chance, son amour se souviendrait et viendrait l'enlever pour cette vie qu'ils avaient rêvé.

* * * * * * * * * * * * *

Il avait chevauché toute la journée, n'offrant à sa bête qu'une pause à l'heure du repas. Lui-même n'avait rien mangé, l'estomac trop noué pour avaler quoi que ce soit.

La neige avait commencé à tomber, se transformant en pluie selon l'endroit et, quand il arriva à Verteronce, le paysage était pur, recouvert d'une fine couche de poudreuse.

La monture avançait seulement parce que le chemin était droit. Son cavalier n'était plus qu'un pantin. Il avait depuis longtemps décroché de la réalité. Le froid avait engourdi ses membres, le gelant jusqu'à l'os.

Quand il arriva au croisement non loin de chez Granny, il glissa et tomba lourdement au sol. Il ne bougea pas non plus et ce ne fut que l'arrivée de Henri et André qui le sauvèrent. Les deux frères essayèrent de ne pas paniquer à la vue de leur fils à terre et, quand ils le touchèrent, ils se précipitèrent à la maison.

« Granny ? »

La vieille femme sortit de la cuisine.

« Vite, une décoction. Il est brûlant de fièvre.

- Neige ? Oh mon Dieu ! »

La grand-mère courut préparer une tisane avec des herbes médicinales pendant que le cadet de ses fils installait l'enfant dans une des chambres du premier. Le garçon tremblait et gémissait. Henri lui retira ses vêtements et le changea avant de le coucher sous les lourdes couettes.

« André, plus de couvertures !

- Tiens, fais lui boire ça ! »

Granny lui tendit un gobelet, et il fit boire le contenu à son fils. La femme s'assit et glissa une main sur le front de l'enfant. Elle releva les yeux vers Henri et la peur se lut dans ses yeux. Ils allaient devoir se relayer au lit du malade pour le soigner.

Et ils veillèrent sur Neige pendant de longs jours, mais la fièvre ne le quittait pas. Bains brûlants, décoctions, lits chauds, rien ne faisait tomber sa température. Ses parents commençaient à perdre espoir. Neige avait la santé fragile en hiver, et le trajet depuis Clairvauds avait été fatal.

« Mère, souffla Victor en posant une main sur l'épaule de sa vieille maman. Il faut lui dire au revoir. »

La femme retint un sanglot en caressant le visage bien trop pâle de son tout petit.

« Il est si mignon avec ses cheveux blancs.

- Mère... »

Victor ferma les yeux et leva la tête pour inspirer profondément. Une vive émotion monta en lui alors qu'il se retenait. Il ne voulait pas montrer sa tristesse devant sa mère déjà bien éprouvée.

« Il était si heureux, si plein de vie.

- Maman... il faut lui dire au revoir. »

Victor tourna la tête vers ses frères qui pénétraient dans la chambre. Si les derniers sanglotaient silencieusement, Henri se tenait fièrement, les yeux rivés sur leur fils, leur rayon de soleil dont la respiration se faisait plus lente au fur et à mesure.

Henri fit un pas vers son aîné et lui posa la main sur son épaule. Il la serra fortement comme pour revenir à la réalité. Il n'y eut alors plus aucun bruit dans la chambre hormis celui des pleurs et des halètements. Neige venait de s'éteindre. Granny souriait en lissant ses longs cheveux blancs. Henri se frotta les yeux mais finit par laisser ses larmes couler.

« Il est beau, notre petit flocon de neige. »

Granny embrassa sa joue comme s'il venait juste de s'endormir sauf qu'il ne reviendrait plus, même avec un baiser d'amour.

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