Annuaire Yaoi
Attention chers abonnés !
Vous venez d’entrer dans LA zone YAOI !

Pour savoir quel yaoiste vous êtes, vous n’avez qu’à poster en jetant un œil sous votre pseudo pour savoir où vous en êtes… Sachez que le rang le plus bas est ‘Yaoiste pratiquant/e’. Alors maintenant vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Entrez sans crainte ! Entrez et postez ! Bouhahaha !



 
AccueilPortailCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion
Les inscriptions pour le Calendrier de l'Avent 2016 c'est par ici !!

Partagez | 
 

 antée et theodis

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
v.d prin
Disciple indiscipliné/e


Messages : 37
Date d'inscription : 25/07/2015

MessageSujet: Re: antée et theodis   Sam 25 Juil - 13:15

Ici, je vous offre de découvrir le premier jet que j'avais fait pour mes deux super-héros, Antée et Theodis.
Depuis, je l'ai beaucoup rallongé et je le sortirais vers la mi-août.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
v.d prin
Disciple indiscipliné/e


Messages : 37
Date d'inscription : 25/07/2015

MessageSujet: Re: antée et theodis   Sam 25 Juil - 17:26

ANTÉE ET THEODIS

SUPER-HÉROS





V.D PRIN

Tous droits réservés
Reproduction interdite / do not copy
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
©2015 V.D PRIN
Chapitre 1 : Antée et Theodis : la rencontre
Chapitre 2 : Antée et Theodis : prise de contact
Chapitre 3 : Antée et Theodis : l’entraînement
Chapitre 4 : Antée et Theodis : dans l’espace
Chapitre 5 : Antée et Theodis : à Parisis
Chapitre 6 : Antée et Theodis : réunion de famille.
Et un épilogue  



Chapitre I

La rencontre


Il atterrit sur le toit du building de la COMPANY STONE, aussi léger qu’une plume se déposant sur le sol. Il fit deux, trois pas pour se stabiliser, puis, d’un mouvement presque lent, il enleva le masque qu’il portait. Il poussa un soupir de satisfaction, secoua ses cheveux noirs et se dirigea vers l’ascenseur.
Il appuya sur le bouton 2, se cala bien sur ses pieds et partit d’un éclat de rire quand l’engin se mit à descendre à toute allure. Trente secondes plus tard, les portes s’ouvrirent sur l’appartement qu’il partageait avec ses parents.
Son père, comme toujours, l’attendait à la sortie.
— Tout va bien, Antée ?
— Très bien, Pa ! répondit-il en se dirigeant vers le centre de la pièce principale. Maman n’est pas là ? s’inquiéta le jeune homme surpris de ne pas la trouver.
— Elle arrive. Tu devrais aller te changer !
Son père s’approcha de lui et mit un doigt dans le trou de la combinaison qu’il portait.
— Encore de la couture ! soupira Clarence.
— Oui ! Le bouffon pensait qu’une balle m’arrêterait. Je me demande si, un jour, ils comprendront que rien ne peut me stopper.
— Trois interventions, cette nuit, c’était plutôt calme ! constata son père.
— Très calme, même ! Ils commencent à réaliser qu’ils ne peuvent plus faire la loi comme avant. Bon, je vais prendre une douche et ensuite, je te fais mon rapport.
— Tu as raison, cela te détendra, mon garçon. Ta mère sera sûrement rentrée quand tu auras fini.
Antée eut un sourire joyeux.
Sa chambre était située à l’autre bout de l’appartement, et constituait à elle seule un logement qui aurait pu convenir à une famille avec deux enfants.
Son lit king size lui tendait les bras, mais avant de le rejoindre, il devait se laver, manger et raconter ses exploits à son père qui les retranscrivait sur son ordinateur.
Dans la salle de bain, il enleva sa combinaison noire et la mit de côté. Sa mère la réparerait dans la journée. Il laissa l’eau couler le long de son corps, heureux de sentir tous ses muscles se détendre.
En sortant, il se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo.
Sa mère lui disait tout le temps qu’il était beau, mais avec son nez un peu tordu, ses yeux d’un marron banals, il avait du mal à la croire. Seules ses lèvres étaient belles : charnues, d’un joli rose, elles donnaient, paraît-il, envie de les embrasser. Ce qui était dommage, c’est qu’elles n’avaient pas beaucoup servi. Trois fois peut-être. Son premier baiser avait été si rapide qu’il ne se souvenait même pas de ce qu’il avait ressenti. Le deuxième lui avait été volé par une groupie alors qu’il ne faisait pas attention et le troisième… bah non, il n’y avait pas de troisième, finalement.
Vingt et un ans, et toujours puceau. Un héros que les foules acclamaient, qui trônait en poster dans les chambres des filles et des garçons, et qui n’avait jamais connu la douceur d’un vrai baiser, avec mélange de langue, partage de salive et tout ce qui allait avec, un vrai frenck kiss en résumé.
Antée poussa un soupir. Lui aussi avait un poster caché de l’un de ses héros dans sa chambre. Il ne le sortait que de temps en temps, quand son corps affamé avait besoin d’un peu d’action. De toute façon, avec sa force, seul un être semblable à lui pourrait supporter l’ardeur de son désir. Et d’après ses parents, il n’en existait aucun. Enfin si, il en existait un, mais il n’était pas pour lui.
Celui dont il rêvait et qui serait le plus apte à partager sa vie était tellement hétéro que cela en devenait indécent. Et d’après les commérages, très imbu et sûr de lui. Jamais il n’imaginerait que le petit Antée de Torontonville pouvait craquer pour sa personne. D’ailleurs se secoua Antée, il ne craquait pas pour lui. Non ! Il fantasmait quelquefois sur sa photo, mais il en avait bien le droit ! Personne ne le saurait jamais.
Quand il ressortit de sa chambre, il avait revêtu un pyjama bleu recouvert de dessins d’oursons, avec des pantoufles de la même couleur. Après le repas, il dormirait environ cinq heures et reprendrait la direction du ciel.
Ce qu’il aimait être là-haut. Il avait l’impression d’être un oiseau. Il pouvait faire des loopings, des slaloms entre les montagnes, se poser où il le voulait et contempler le panorama. Il rêvait à l’endroit où il se rendrait dans quelques heures, quand il s’arrêta brusquement sur le seuil de la salle à manger.
Le général Hartmond était installé à la table et… il était accompagné. Le seul, l’unique, le plus populaire des héros de ce monde, était avec lui : Theodis Nargam.
Il se tenait devant sa mère, avec sa main dans la sienne.
Mais oui, il la draguait ! pesta Antée en les observant.
Comme si son père n’existait pas. D’ailleurs, ce dernier, d’après ses yeux enflammés, n’allait pas tarder à exploser.  
— Ah, Antée ! Te voilà, s’exclama Asrée, sa mère, en arrachant sa main de celle de Theodis presque avec soulagement.
Antée fut tétanisé un instant par la présence de celui qu’il idolâtrait depuis des années. Il se fustigea d’avoir enfilé ce fichu pyjama. Il respira profondément, se reprit et pénétra dans le salon.
— Bonjour, Ma. Général Hartmond ! dit-il en tendant sa main au militaire.
Le général, âgé d’une cinquantaine d’années, était celui qui faisait la liaison entre lui et les autorités. Il était sympathique, bien que très à cheval sur son devoir de militaire et plus encore, sur celui qu’il estimait qu’Antée devait au pays. Heureusement, ils ne se voyaient pas très souvent. Antée savait que le général préférait demander l’aide de Theodis plutôt que la sienne. Cela ne le gênait pas vraiment, car il n’aimait pas être obligé de travailler sous les ordres de qui que ce soit.
— Bonjour, Antée, répondit ce dernier pour le saluer. Je ne te présente pas Theodis, n’est-ce pas ?
Antée se tourna vers ce dernier et lui adressa un sourire timide.
— Bonjour, Theodis. Je suis heureux de faire votre connaissance, arriva-t-il à prononcer sans rougir.
— Moi de même, Antée. J’ai beaucoup entendu parler de toi.
L’homme s’approcha et sans qu’Antée puisse faire quoi que ce soit, il le serra contre lui.
— Ah ! Enfin, je rencontre celui qui me fait de l’ombre.
Antée se dégagea rapidement. Son parfum était absolument délicieux et sa seule chance de ne pas montrer que son corps réagissait était de s’éloigner au plus vite. Il se précipita derrière la table, loin de Theodis et de la tentation qu’il représentait.
Il l’observa un peu plus attentivement.
Il était très grand, au moins cinq centimètres de plus que lui, il avait les cheveux blonds et des yeux incroyablement bleus. Son corps était moulé dans un pantalon en toile, et une chemise en soie faisait ressortir sa blondeur ainsi que la teinte incroyable de ses yeux. Elle soulignait également une musculature qui ne devait rien aux anabolisants.
Et, bien sûr, il est parfait, soupira intérieurement Antée.
Ce fut lorsque sa mère l’interpella une deuxième fois qu’Antée se détourna de la contemplation de son super-héros.
— Excuse-moi, Maman. Tu me disais ? demanda-t-il, en priant pour que personne ne se soit rendu compte de son trouble.
— Le général est ici car il a un service à te demander.
— À moi ? s’étonna Antée.
— Oui, Antée, s’interposa Theodis. J’ai… nous avons besoin de toi.
Antée regarda tour à tour le militaire et Theodis.
— Pourquoi ?
— Asseyons-nous ! ordonna Theodis. Nous serons mieux pour discuter.
Ils prirent tous place autour de la table en fer forgé, Antée en face de Theodis.
— Que sais-tu de moi, Antée ? demanda Theodis.
Le jeune homme fut surpris par sa question, mais ne laissa rien paraître.
— Vous avez trente ans, je crois.
— Vingt-neuf ans, rectifia Theodis, qui ne le quittait pas des yeux.
— C’est pareil ! commenta Antée.
— Pas tout à fait, mais passons. Quoi encore ?
— Je ne sais que ce qui est écrit dans les journaux. Vous êtes télékinésiste, et vous pouvez vous téléporter dans n’importe quel coin de la planète…
— Pour la télékinésie, c’est vrai, l’interrompit Theodis. Je peux déplacer n’importe quel objet, même le plus lourd d’un endroit à un autre, mais pour la téléportation, je ne peux malheureusement pas aller où je veux en un instant. Je suis obligé de faire des bonds ce qui me fait perdre du temps.
— Ah ! Je ne savais pas.
— Pas grave, continue !
— En vous concentrant assez, vous pouvez devenir invisible, mais cela épuise votre énergie. Je sais également que vous n’êtes pas indestructible. Une balle tirée à bout portant peut vous tuer. Et vous avez une réputation de coureur de jupons.
Sa mère ne retint pas son rire, alors que son père cachait son sourire derrière sa main. Le général prit un air étonné et Theodis  un air soucieux.
— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demanda innocemment Antée.
— Non ! grogna Theodis. Tout ce que tu viens d’énumérer est juste.
— Oui, je sais ! se rengorgea le jeune homme. Et que savez-vous de moi, Theodis ?
Ce dernier répondit du tac au tac.
— Tu es l’homme le plus fort de la planète. Tu peux en quelques secondes te retrouver à des milliers de kilomètres grâce à ta faculté de voler. Tu es insensible à toutes les armes, qu’elles soient physiques ou chimiques. Tu résistes à toute intrusion dans ton esprit. Je sais, enfin d’après les rumeurs, que tes parents et toi, vous êtes les derniers descendants des géants de Libye. Une légende raconte que votre force viendrait de la terre. Ce que je ne comprends pas par contre, Antée, c’est que tes parents sont normaux, n’est-ce pas ?
— C’est exact, reconnut Asrée. Nous sommes tout à fait normaux. Pour vivre sereinement, nous devions nous fondre dans la population et nous avons perdu nos pouvoirs au fil des générations. Mais notre union avec Clarence était inscrite dans les tables des lois libyennes, détruites il y a plusieurs milliers d’années. « Deux descendants de nos géants redonneront naissance à l’être le plus puissant du monde. Il deviendra une légende, contée à travers les temps. » Il y a d’autres prédictions, mais je préfère les garder pour moi.
— Pourquoi ? demanda Theodis, curieux.
— Cela concerne la vie privée de notre fils. Nos ascendants aimaient beaucoup relater leurs prémonitions et l’avenir des futures générations. Dix pages entières sont consacrées à Antée.
— Mais s’ils ont été détruits, comment se fait-il que vous en ayez connaissance ?
— La retranscription, avant la destruction, par nos ancêtres qui avaient eu vent de l’attaque contre le temple dans lequel les écrits étaient abrités. Ils ont laissé les originaux afin que nos ennemis trouvent quelque chose à réduire en poussière. Les copies, bien cachées, ont ensuite été transmises de génération en génération.
— Et c’est vous qui les possédez ?
— Bien sûr. En fait, elles m’appartiennent, continua Asrée. Un de mes aïeuls était l’un des fondateurs du temple. C’est donc à ma famille que les manuscrits ont été confiés.
— Je suis impressionné ! s’exclama Theodis. Avoir pu conserver ces papiers par-delà les siècles.  
— Nous sommes des gens impressionnants, mon cher, dit-elle d’une voix moqueuse, mais je dois avouer que cela n’a pas été toujours facile. Il a fallu souvent fuir pour les conserver. Et vous, j’ai entendu parler que c’est à la suite d’expériences scientifiques que vous seriez devenu ce que vous êtes ?
— C’est exact. Je suis né sous X et j’ai eu la chance d’être adopté par des gens charmants, mais passablement excentriques. Mes parents, Félicie et Antoine Nargam, sont docteurs en biologie intercellulaires. Ils faisaient leurs expériences chez eux, faute d’avoir les moyens de les tester dans un vrai laboratoire. Un jour, je devais avoir sept ou huit ans, je me suis introduit au sous-sol de notre maison, et j’ai vu un tube contenant un liquide jaune qui traînait sur une table en inox. Je devais avoir soif, car ils m’ont trouvé à terre, mon corps pris de convulsions, le tube vide à sa place. Quand je me suis réveillé, après deux jours de coma, j’avais irrémédiablement changé. Mais j’ai eu tout de même une enfance très heureuse avec des parents ouverts, patients…
— Tant mieux, l’interrompit Clarence. Alors, que voulez-vous à Antée ? Le pauvre garçon était dehors toute la nuit. Il a besoin de manger et de dormir.
— Papa ! s’exclama son fils, gêné qu’il le traite comme un gosse devant Theodis.
— Ton père a raison, Antée, approuva Theodis. Revenons à nos moutons. En plus de mes particularités que tout le monde connaît, je suis également doté d’un léger don de voyance.
— Ah ! C’est pour cela que vous arrivez toujours là où l’on ne vous attend pas ! s’écria Antée.
Theodis lui adressa un sourire qui fit chavirer son cœur et frissonner son corps. Il n’osait pas bouger de peur que son sexe décide tout à coup qu’il était doué de parole et se mette à demander bien fort que le beau Theodis vienne le caresser.
— C’est pour cela, oui ! confirma ce dernier. Je n’en ai pas tout le temps, malheureusement. Il y a quelques… jours, dit-il en hésitant, j’ai eu la vision de mon avenir. J’avais soit le choix de me battre pour lui, soit laisser les choses comme elles étaient. J’ai décidé de me battre ! Je pense que je le mérite, sans prétention aucune.
Le petit raclement de gorge d’Antée n’échappa à personne.
— Tu penses que je suis un peu prétentieux, Antée ?
Le jeune homme se tortilla sur sa chaise.
— C’est-à-dire, que… bah, quand même… vous l’êtes, non ?
Sa mère étouffa un nouveau rire, pendant que son père le regardait en faisant les gros yeux.
— Je ne dis que ce que je ressens, Pa, se défendit-il. Quand on vous voit à la télévision, vous êtes toujours en train de vous glorifier de vos actions, vous avez une nouvelle femme au bras à chaque fois, comme si c’était important que tous sachent que vous êtes non seulement un héros, mais aussi un don Juan. Je trouve que c’est assez prétentieux.
— Tu as tout à fait raison ! approuva Theodis laissant les autres sans voix. J’aime que l’on sache que je suis là, j’aime parler de ce que j’ai accompli. Ce que je dois dire pour ma défense, c’est que les journalistes sont friands de cela, aussi. Ils savent qu’avec moi, ils vendront plus cher leurs espaces publicitaires dans les shows et écouleront plus facilement leurs journaux papier. Je rentre donc dans leur jeu… Et ça ne me déplaît pas ! D’autre part, toutes les femmes que tu as pu voir avec moi ne sont pas des conquêtes potentielles. Elles sont souvent là, à l’affut, profitant d’un moment d’inattention pour se jeter dans mes bras, et me voler un baiser… si elles ont de la chance.
— Vous êtes en quelque sorte une victime de votre propre notoriété, c’est ce que vous voulez nous faire croire ? demanda Asrée, sceptique.
— Non ! Comme je vous l’ai dit, j’aime ça ! Enfin, pour en revenir à ma vision, je me vois entouré de plus de vingt hommes, tous armés jusqu’aux dents. J’arrive à en éliminer certains, mais je me retrouve vite débordé. La dernière chose qui m’apparaît, c’est moi regardant le ciel.
Ils restèrent tous sans dire un mot. C’est Antée qui paraissait le plus affecté.
— Vous vous voyez mourir ?
— Oui, Antée, c’est ce qui va arriver. Et s’il te plaît, tutoie-moi. Nous n’allons pas passer les cent cinquante prochaines années à nous vouvoyer.
— Je ne pensais même pas vous revoir après aujourd’hui, s’étonna Antée. Te revoir, pardon !
— Pourquoi crois-tu que je suis là ?
— Bonne question, Theodis, pourquoi êtes-vous là, en fait ? demanda Clarence.
— Parce que je vais avoir besoin d’Antée pour me sauver !
— De moi ?
— Évidemment ! Tu es le plus fort d’entre nous tous. J’ai besoin que tu viennes m’aider. Ces hommes, en plus de me tuer, vont commettre l’attentat le plus meurtrier de ces cinquante dernières années. Les tours Holloway seront détruites et des milliers de personnes périront. En quelques secondes, la ville deviendra une base retranchée, entre les terroristes et l’armée. Ce conflit s’éternisera et malheureusement, personne ne sera épargné. Mon rôle est d’éliminer les plus radicaux de ces gars et de couper les têtes pensantes. Couper, littéralement, et les brûler, avant qu’un chercheur fou ne parvienne à récupérer leurs souvenirs.
— Hein ? Mais c’est du grand n’importe quoi ! s’exclama Antée. Il n’existe personne comme ça.
— Bien sûr que si ! intervint pour la première fois le général. Le docteur Blascher. Cet homme a disparu de la surface de la Terre il y a plus de huit mois. Il travaillait justement sur l’extraction des souvenirs de personnes qui venaient de décéder. Devant ses résultats plus que probants, ses patrons ont pris peur, et ont refusé de lui allouer des fonds pour qu’il poursuive ses recherches. Malheureusement pour nous, d’après une source fiable, le docteur Blascher a été récupéré par un parti extrémiste, qui proclame la suprématie de la race blanche. Ce parti est dirigé par Jonas Peterson, un industriel qui a fait fortune avec cette nouvelle boisson, le coma cola.
— Il est extrémiste ? Pourtant, il emploie beaucoup d’étrangers, non ? demanda Antée.
— Oui, c’est certain, c’est un vrai esclavagiste, ironisa le général. Quand l’un d’eux se rebelle, il n’hésite pas à l’éliminer ainsi que toute sa famille pour l’exemple.
— Quelle horreur ! s’écria Asrée. Pourquoi le gouvernement n’intervient-il pas ?
— Il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire. Peterson est très prudent et il est couvert par certains lobbys très influents qui forment un gouvernement à eux seuls, énonça calmement le général. Si Theodis, avec l’aide d’Antée, réussit à les neutraliser et à récupérer le professeur Blascher, nous serons tranquilles pour de nombreuses années. Encore faut-il que vous acceptiez, Antée !
— Pff ! souffla le jeune homme, je n’ai pas vraiment le choix. Bien, quand aura lieu l’attentat et à quelle période voulez-vous… veux-tu que nous neutralisions ces types ? demanda-t-il à l’autre héros.
Theodis se renfonça dans son siège, un grand sourire aux lèvres, visiblement très satisfait de la réponse de son jeune collègue.
— J’ai estimé que l’attaque aurait lieu au moment des neiges, soit, février, mars.
— Nous sommes en septembre, nous avons tout le temps !
— C’est là que tu te trompes, Antée. Nous devons absolument travailler ensemble, afin que nous soyons si… proches que l’action que l’un entamera, l’autre puisse la finir. Nous devons être comme des jumeaux, ou des… âmes sœurs !
— Quelle connerie ! Les âmes sœurs n’existent pas ! s’enflamma Antée. Ma, j’ai faim ! gémit-il, soudainement.
— Oui, je vais te chercher ton repas. Excusez-moi, dit-elle au général et à Theodis, mais Antée a besoin de beaucoup d’énergie pour maintenir ses batteries chargées.
— Bien sûr, Asrée, approuva Theodis. Ça va ? demanda-t-il ensuite au jeune homme.
Antée avait posé son front dans ses bras et semblait épuisé.
— Dès que j’aurai mangé, ça ira mieux, répondit-il d’une petite voix.
Theodis se leva et vint se placer derrière sa chaise. Il posa les mains sur ses épaules, par-dessus son pyjama, et commença doucement à les masser.
— Que… ? voulut dire Antée.
Theodis se pencha à son oreille, le faisant taire.
— Chut, laisse-toi aller.
Antée ne résista pas à l’ordre, surtout en sachant que l’homme si doux qui lui caressait les épaules était son plus gros fantasme depuis son adolescence.
Ce fut sa mère, un plateau de sandwich dans les mains, qui incita Theodis à s’arrêter.
— Tiens, mon grand.
Antée se redressa, tourna la tête vers son masseur improvisé et lui adressa un sourire timide. Ce dernier lui répondit par un clin d’œil et retourna à sa chaise.
— Qu’est-ce que tu voulais dire en parlant de travailler ensemble ? demanda le jeune super-héros à son aîné, après avoir dévoré quatre des cinq pains que sa mère avait préparés.
Ses joues avaient repris des couleurs et ses yeux leur vivacité.
— Nous sommes sûrs que ces types vont agir dans quelques mois. Nous devons être complètement synchro quand cela s’avérera nécessaire. L’armée possède une base abandonnée, dans le désert de Plaskalvallon. Nous pourrions nous y rendre pour nous entraîner. Le général Hartmond accepte de nous faire parvenir tout le matériel dont nous aurons besoin.
— C’est exact, Theodis, approuva le militaire. Nous allons également rénover les pièces habitables. Loin de tout et de tous, et dans le plus grand secret, vous allez devenir notre arme secrète, celle qui fera réfléchir à deux fois les terroristes avant de nous attaquer.
— Rien que ça, ironisa Antée. Quand voulez-vous ma réponse ?
— Mais, maintenant ! affirma Theodis.
— Tu es bien sûr que je vais accepter, il me semble !
— Mais la question ne se pose même pas, Antée. Tu vas dire oui, intervint sa mère. C’est ton avenir qui est en jeu !
— Ma, mon avenir est déjà tout tracé !  
— Je sais, car ce passage-là aussi était écrit ! assura-t-elle en souriant avant de se tourner vers Theodis en inclinant la tête. Vous pouvez compter sur lui.

Le général Hartmond et Theodis se séparèrent dès qu’ils franchirent les portes de l’immeuble d’Antée.
En voyant Theodis disparaître rapidement, le militaire eut l’impression qu’il venait d’être utilisé par le jeune homme.
Mais non, pensa-t-il, ce n’est pas possible. Pas lui ! Personne ne peut me manipuler !
C’est tout de même avec un pli soucieux au front qu’Hartmond pénétra à l’arrière de sa voiture ouverte par l’un de ses soldats.
Theodis se téléporta directement dans le duplex qu’il avait acquis depuis maintenant deux ans et qui se trouvait au cœur de la ville.
L’appartement dominait tout Torontoville et il aimait bien y venir de temps en temps pour être plus près d’Antée. Il préférait la grande maison que sa famille possédait et dans laquelle il vivait avec ses parents. Sa mère allait être enchantée en apprenant que le jeune héros avait accepté de s’entraîner avec lui. Son père lèverait les yeux au ciel, comme d’habitude, mais Theodis savait que ce n’était qu’une apparence qu’il se donnait. Il était également très soucieux de son bien-être.
Depuis des années, eux comme lui attendaient ce moment.
À quinze ans, il avait eu une vision pour la première fois de sa vie. Il s’était vu uni à Antée, alors même qu’il ne connaissait pas son existence et qu’il ignorait même son prénom.  
Il n’eut pas le temps de plonger dans ses souvenirs que son capteur d’appel se mit à biper.
— Maman, s’écria-t-il joyeusement en voyant sa mère apparaître à l’écran.
— Coucou, mon Theo. Alors, tu l’as rencontré ?
— Oui, à l’instant.
— Et ? demanda-t-elle impatiente.
— Il est comme on le voit à la télévision : simple, beau, et avec un franc-parler qui va te plaire.
— Oui, mais, toi, qu’as-tu ressenti ?
Theodis prit son temps pour répondre.
— J’ai eu un coup au cœur en le voyant. Il portait un affreux pyjama, il avait les cheveux mouillés, mais il était tout simplement magnifique. Je me suis senti vivant comme je l’ai rarement été. C’est lui, pas de doute.
— Je suis heureuse pour toi, mon grand ! s’exclama sa mère. Surtout, tu ne le brusques pas. Il faut qu’il ait confiance en toi avant de penser à quoi que ce soit d’autre. L’amitié avant l’amour.
— Oui, maman, je sais. Et je ne ferai rien qui pourra le mettre mal à l’aise. Il est vraiment incroyable. Je suis sur un petit nuage.
— Ah ! Que j’aime t’entendre parler ainsi !
— Papa n’est pas là ?
— Il prépare notre voyage pour l’Amazonie.
— Vous êtes obligés de partir si loin ?
— Bien sûr, mon chéri. Avec ton père, nous sommes persuadés de pouvoir découvrir des terres encore vierges de toute intrusion moderne. Et peut-être de nouvelles plantes, de nouveaux animaux.
— Mhnn ! fit Theodis un peu sceptique de les voir revenir triomphants. Pour ma part, je rentre après-demain. Vous ne serez pas partis ?
— Non, pas avant une quinzaine de jours. Tu vas revoir Antée avant ton retour ?
— Non ! Comme tu me l’as si justement fait remarquer, je ne veux pas le bousculer. Nous avons rendez-vous dans quinze jours sur une base de l’armée en plein désert. Nous y serons tous les deux, et tranquilles. Nous allons nous entraîner, apprendre à nous connaître et, surtout, j’aimerais qu’il tombe amoureux de moi. Tu te rends compte : il trouve que je suis prétentieux !
Sa mère se mit à rire.
— Il te l’a dit ?
— Oui !
— Je sens que je vais l’adorer ce jeune homme.
— Maman…
— Oui, oui, je vais l’aimer s’il est capable de te dire que tu es prétentieux, alors qu’il te voit pour la première fois. Cela veut dire qu’il a du caractère et que tu n’arriveras pas à le manipuler malgré son âge.
— De toute façon, je n’aurais pas voulu d’une personne qui approuve tout ce que je dis.
— Et je te comprends. Bon, mon chéri, il faut que je te laisse. J’ai encore beaucoup de choses à effectuer aujourd’hui. Je t’ai parlé de ce que je faisais en ce moment...
Theodis l’écouta, plus ou moins attentivement, et, quand il raccrocha, il avait mal à la tête.
Il avait hâte d’être quinze jours plus tard, mais lui aussi avait du travail avant de se mettre au vert avec Antée.



Chapitre II

Prise de contact


— Qu’est-ce que vous pensez de tout ça ? demanda Antée à ses parents après le départ du général et de Theodis.
— C’est une très bonne chose que Theodis ait compris qu’il doit s’allier avec toi s’il veut protéger le monde. Il est très beau, tu ne trouves pas ? répondit sa mère.
— On se moque qu’il soit beau, chérie, intervint son père. Il faut savoir ce que cache ce brusque revirement. Theodis l’a ignoré durant deux ans et il arrive comme une fleur en pensant qu’Antée va faire tout ce qu’il demande.
— C’est à cause de ses prémonitions, voyons. Il s’est vu mourir ! Il sait que seul Antée pourra éviter ça, donc, comme il n’est pas stupide, il tient à former un couple avec lui.
Antée se mit à rougir légèrement en entendant le mot couple. Si ses parents connaissaient les fantasmes qu’il nourrissait pour Theodis, ils seraient surpris et, peut-être même, choqués.
— En tout cas, quelles que soient ses raisons, Antée va l’aider. De toute manière, cela te fera du bien de côtoyer un peu plus de monde. Theodis a beaucoup de relations et je suis persuadée qu’il te les présentera. Mais pour ça, il va falloir être un peu plus aimable avec lui.
— J’ai été aimable, grogna le héros. Et je n’ai pas trop envie de…
— Tsss ! Pas de ça avec moi, Antée, l’interrompit sa mère. Tu es trop solitaire. Tu dois sortir plus !
— Mais, man, je sors !
— Oui, tu sors, mais tu n’as pas d’amis, hommes ou femmes.
— C’est parce que j’ai peur de dire et faire n’importe quoi. Sans compter qu’avec ma force, je sais que…
— Tu contrôles très bien ta force, Antée, le rassura à son tour son père. Ce dont tu as peur, c’est que les gens qui t’approchent ne le fassent pas pour toi, mais pour ce que tu représentes. Je ne te le reproche pas, mais sache qu’il y a, de par le monde, des personnes sincères qui seraient heureuses de te connaître. Que vas-tu faire en attendant ?
— En attendant quoi ? demanda Antée.
— De retrouver Theodis sur la base de l’armée.
— Je vais continuer comme avant. Que veux-tu que je fasse ?
— Tu pourrais essayer de le voir pour apprendre à mieux l’apprécier avant de vous terrer là-bas.
— Nous ferons ça à ce moment-là. Je ne tiens pas trop à le revoir avant.
— Pourquoi ? demanda sa mère.
Antée ne répondit pas. Il ne souhaitait surtout pas que ses parents découvrent qu’il aimait un peu trop l’image de Theodis.
Bien sûr, ils étaient au courant que ses préférences sexuelles étaient plus orientées vers les hommes que vers les femmes. Quant à l’adolescence, il avait compris qu’il était gay, il n’avait vu aucune raison de leur cacher cette information. Ses parents n’avaient pas eu l’air vraiment surpris. Sa mère avait juste voulu savoir s’il voulait des enfants. Antée l’avait tout de suite rassurée. Il en désirait. Il ne savait pas encore comment il ferait pour les avoir, mais il était hors de question de vivre sans. Il devait avant tout trouver un compagnon et avoir une vie stable.
Il ne savait pas non plus s’il choisirait une femme ou une machine pour mettre au monde son petit. Les femmes étaient les plus adaptées, mais il savait qu’avec ses spécificités, une grossesse ne serait pas facile pour une mère porteuse. La sienne lui avait avoué que, durant neuf mois, elle avait énormément souffert de ses coups de pieds, de bras, de tête. Elle avait dû également fermer son esprit, car il avait tendance à s’immiscer dans ses pensées et à lui faire faire des choses qu’elle ne souhaitait pas vraiment.
Les machines avaient le mérite de tout supporter, mais étaient dénuées de tous liens physiques ou psychologiques avec les fœtus. Pendant la gestation, les parents qui avaient choisi ce procédé se devaient d’être disponibles au moins trois heures par jour afin de rendre visite à leur enfant pour lui parler et surtout le toucher. Il était protégé par une grosse capsule transparente dans un matériau, qui, bien que résistant, n’en était pas moins perméable aux contacts. L’enfant avait alors l’impression d’être dans une véritable matrice humaine.
Bon heureusement, il n’en était pas encore là. Il avait le temps pour faire un choix.
— Pourquoi ? redemanda sa mère.
— Oh ! réagit enfin Antée. Parce que je ne pense pas que nous soyons vraiment compatibles.
Asrée se mit à rire.
— Mais si, vous l’êtes ! En attendant, va te reposer un peu. Tu as l’air épuisé.
Il ne se fit pas prier et retourna dans sa chambre. Il se retint difficilement de sortir la photo qu’il avait de Theodis. Il s’allongea sur son lit en repensant à l’autre héros et au fait qu’ils allaient rester ensemble quelques semaines. Il en était excité, mais aussi très angoissé. Pourvu qu’il ne fasse pas d’âneries, du genre à le regarder avec adoration ou lui déclarer un amour éternel. Cela le fit rire, et il s’endormit en imaginant la stupéfaction sur le visage de son aîné s’il devait agir ainsi.

Quinze jours plus tard, Antée et Theodis se retrouvent sur la base de l’armée.


Deux semaines plus tard, Antée arrivait par les airs au milieu de nulle part. Le désert s’étendait à perte de vue et la chaleur était étouffante.
Seuls quelques bâtiments prouvaient que les hommes étaient déjà venus ici.
Quelle idée de s’entraîner ici, pesta-t-il ! Comme si l’armée n’avait pas d’autre endroit à nous proposer.
Il s’avançait vers les habitations en poussant le sable du pied quand Theodis se matérialisa devant lui.
— Hey, dit-il en reculant rapidement, t’es malade d’apparaître comme ça ?
— Hey, mon pote, sourit l’autre homme. Content que tu sois là. Bienvenu dans notre « chez nous » pour ces deux prochaines semaines.
— Chez nous, c’est vite dit, grommela Antée. C’est un trou à rat, ici.
— Nous y serons très bien pour ce que nous allons accomplir et pour ce qui est des rats, promis, aucun ne peut survivre dans ce désert.
— Pourquoi sommes-nous obligés de rester sur la base tout le temps ? Nous pourrions très bien faire des aller-retour.
— Je sais, mais je pense que c’est beaucoup mieux d’être sur place. Et puis, nous pourrons apprendre à nous connaître plus facilement ainsi. Tu as un sac ?
Antée se tapa sur le front et avant que Theodis puisse ajouter quoi que ce soit, il s’envolait à nouveau, laissant derrière lui un nuage de poussière.
— Mais quel con ! pesta Antée en arrivant dans sa chambre. Oublier mon sac. J’ai l’air malin, moi. Déjà, qu’il doit me prendre pour un abruti fini, là c’est sûr, je lui donne raison.
— C’est toi, mon chéri ? entendit-il derrière la porte.
— Oui, maman, c’est moi. J’avais laissé mon sac.
Il l’entendit éclater de rire.
— N’oublie pas de m’appeler pour me dire comment cela se passe, Antée !
— Oui, maman. J’y retourne, à plus...

Theodis avait lui aussi éclaté de rire en le voyant repartir aussi vite. Il n’attendit pas longtemps son retour. Antée revint à peine cinq minutes plus tard.
— Je l’avais laissé devant la fenêtre de ma chambre. Je suis tête en l’air parfois ! souffla-t-il en se posant.
— Pas de souci. Viens, je vais te faire visiter.
Ils firent le tour de la base, qui n’était pas spécialement immense. L’armée l’avait abandonnée quand la chaleur avait provoqué trop de dégâts à ses hommes : insolation, déshydratation, évanouissement, troubles du sommeil, de la vue…
Il l’emmena ensuite dans leur logement. La pièce que Theodis avait choisie comme chambre à coucher était beaucoup moins grande que la chambre qu’Antée avait chez lui. Le jeune homme fut surpris d’y voir deux lits, presque côte à côte, ainsi que deux placards. Quand il ouvrit le premier, il y trouva les affaires de son acolyte.
— Nous allons dormir ici tous les deux ? grimaça-t-il.
Il n’allait jamais arriver à dissimuler son excitation si Theodis devait se promener à moitié nu devant lui.
— Oui, répondit ce dernier en souriant. J’ai pensé que cela serait plus convivial.
— Plus convivial ?
— Bien sûr ! Tu nous vois, toi dans cette chambre, et moi à l’autre bout du couloir. En plus, c’est la seule qui possède sa propre salle de bain, finit-il en ouvrant une porte.
Antée rentra à l’intérieur : une douche des plus rudimentaires, un lavabo en inox et deux petites étagères pour poser leur nécessaire.
— Mais…
— Pas de mais, nous serons très bien ! indiqua Theodis. Tu ranges et tu me rejoins dans la cuisine. Au bout du couloir, tu prends à gauche puis une fois à droite. Tu pousses deux portes et ensuite…
— Ça ira ! soupira Antée. Je n’aurai qu’à repérer ton souffle pour te trouver.
— C’est vrai que tu as aussi une très bonne ouïe ! convint Theodis.
***
Antée ne confirma pas cette information qui avait fait la une des journaux lors de sa sortie de placard, s’il pouvait parler ainsi.
Depuis l’enfance, il savait qu’il n’était pas comme les autres et ses parents l’avaient aidé à gérer ses pouvoirs et à en faire un atout plutôt qu’une gêne. Il n’était pas un super-héros depuis très longtemps.
SUPER-HÉROS : il détestait ces deux mots.
Il pouvait faire des choses que le commun des mortels n’avait pas la possibilité d’accomplir, mais il ne se sentait pas comme un héros. Il avait juste trouvé normal d’aider les forces de police à sécuriser les villes.
Depuis des années, elles se débattaient entre une augmentation constante de la délinquance, et un manque de moyens matériel et humain. Cela ne faisait que deux ans qu’il patrouillait dans sa ville toutes les nuits ou presque. Il devait quelquefois sortir des frontières quand il était appelé ailleurs, ce qui était plutôt rare, le gouvernement préférant faire appel à Theodis. C’est sûr qu’il avait beaucoup plus d’expérience.
C’étaient ses parents, et surtout sa mère qui l’avait poussé à se révéler. Elle estimait que ses dons devaient servir le plus grand nombre. Ils avaient choisi son costume ensemble et, même si tous savaient qui se cachait derrière son masque, il était ainsi relativement tranquille. En même temps, c’était vrai qu’il ne sortait pas beaucoup. Il préférait rester chez lui au lieu d’aller, comme Theodis, se pavaner devant les journalistes.
Sa mère gérait ses rendez-vous et son père, ses revenus (il était payé par le gouvernement à chaque intervention), son fan-club, sa correspondance. Il était très gâté, il en abusait parfois. Tous les jours, il se disait qu’il fallait qu’il mette au moins le nez dans son courrier, mais voir toutes ces enveloppes qui l’attendaient le faisait reculer inexorablement.
Il n’avait jamais rencontré Theodis, car ce dernier exerçait à l’autre bout du pays. Ils auraient pu se croiser lors d’une intervention en dehors des limites de leurs villes, mais Theodis avait établi une sorte de frontière.
Theodis était apparu une dizaine d’années plus tôt. Tout de suite, il avait été le chouchou des foules et des médias. Il intervenait partout, que ce soit dans le pays ou hors des frontières. Et puis, deux ans plus tôt, quand Antée avait dévoilé son existence, il avait complètement modifié ses habitudes. Il semblait avoir coupé le pays en deux. Lui d’un côté, Antée de l’autre.
Antée l’avait tout de suite compris et s’en était désolé auprès de ses parents. Ces derniers ne comprenaient pas non plus l’attitude de l’autre super héros, mais ils lui conseillèrent de ne pas forcer une rencontre que Theodis ne voulait visiblement pas. Sa mère lui avait d’ailleurs fait remarquer que fatalement un jour, ils seraient obligés d’agir de concert.
Il avait fallu attendre deux ans.
Et voilà qu’ils étaient ensemble pour quinze jours.  
***
Antée fit appel à ses capacités auditives et suivit les vocalises fausses que son collègue émettait.
Il trouva la cuisine assez rapidement et ne put s’empêcher de humer l’air en laissant passer un soupir de satisfaction.
Theodis se retourna en l’entendant, un sourire chaleureux aux lèvres.
— Tu as trouvé ! constata-t-il.
— Oui. Tu chantes… pas très bien.
— C’est vrai, mais je ne le laisse découvrir qu’à très peu de personnes. Viens manger. Aller deux fois à Torontoville a dû épuiser ton énergie.
Antée était surpris qu’il se souvienne de ce détail.
La cuisine ne ressemblait en rien à celle de son appartement. Tous les meubles étaient en inox, et brillaient comme s’ils étaient neufs.
— Ils ont drôlement bien travaillé les soldats pour rénover la base. Sur internet, j’ai lu qu’elle était abandonnée depuis au moins quinze ans et qu’elle servait souvent aux trafiquants de toutes sortes.
— En effet. Ils ont fait le grand ménage et remis les palissades électriques tout autour. Nous ne devrions normalement pas être dérangés. Tiens, goûte ça. Spécialité maison !
Theodis déposa devant son nez une assiette pleine de poulet et de légumes.
— Mhm ! C’est toi qui as préparé le repas ?
— Bien sûr. J’adore cuisiner pour les gens que… enfin pour mes amis. C’est un poulet façon basquaise. Une recette française que m’a apprise ma mère.
— Ta mère est française ? demanda Antée entre deux bouchées.
— Oui. Nous y avons passé une bonne partie de nos vacances quand j’étais enfant.
— Je ne suis jamais allé en France. J’ai survolé le pays, mais je ne m’y suis jamais arrêté.
— On pourrait aller y faire un tour, si tu veux !
— Quand ?
— Dans les jours à venir ! énonça Theodis comme une évidence.
— Nous ne sommes pas supposés nous entraîner ?
— Bien sûr, mais nous pouvons également nous octroyer un jour ou deux de congé. Ça te dit ?
— Oui, pourquoi pas !
— En plus, on dit que Parisis est la ville des amoureux, continua Theodis.
Antée n’osa pas le regarder. S’il savait combien de fois il avait rêvé d’aller dans le monde avec une personne qui serait son amoureux, qui plus est avec un homme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau.
Après le repas, ils firent la vaisselle ensemble. Antée, qui n’avait jamais essuyé un verre de sa vie, dut avouer que l’activité n’était pas désagréable. De plus, il se sentait plutôt à l’aise avec son compagnon, qui réussit à le faire rire en lui narrant ses aventures.
— Et toi, demanda Theodis, après lui avoir raconté l’une de ses plus grandes peurs au cours d’une mission et en déposant un café sur la table, quelle a été ta plus grosse frayeur aux cours des deux dernières années ?
— Le jour où j’ai dû stopper un avion en plein vol, pour ensuite l’emporter avec moi vers Laodville. À l’intérieur, il y avait trois cents personnes, une bombe prête à exploser, un terroriste fou et surtout mes parents.
— Raconte ! Ce n’était pas un hasard, n’est-ce pas ?
— Non, répondit Antée surpris par sa perspicacité. Quatre mois plus tôt, j’avais arrêté le frère de cet homme qui avait pris un centre commercial en otage avec une dizaine de complices. Il y a eu quelques morts du côté des preneurs d’otages, mais les autres s’en sont bien sortis et surtout leur chef que je me suis fait un plaisir de remettre aux autorités. Il en a pris pour quatre-vingts ans  sur la prison lunaire.
— Peu de chance qu’il revienne un jour alors ! commenta Theodis.
— Aucune, même. Son frère a décidé de se venger de moi en tuant mes parents. Il avait prévu de faire atterrir l’avion sur un aéroport désaffecté, de partir en laissant les voyageurs à l’intérieur et de tout faire sauter. Quand j’ai déposé l’avion au sol, il a voulu marchander. J’ai dit OK ! Nous avons parlementé pendant au moins trois heures. Je lui ai fait croire que s’il permettait à tous de sortir, je resterais dans l’avion et qu’il pourrait faire exploser sa bombe. Il a laissé descendre tout le monde ainsi que mes parents. J’ai fait alors une chose que tu ne vas peut-être pas approuver !
— Quoi donc ?
— Quand j’ai été certain que les passagers étaient en sécurité, j’ai réussi à l’assommer. Je l’ai ensuite laissé à l’intérieur et j’ai déclenché la bombe.
Theodis siffla.
— Tu t’es montré impitoyable !
— Oui, sourit Antée. Je ne regrette rien.
— Je te comprends, j’aurais sûrement fait la même chose.
— C’est vrai ?
— Oui. On ne touche pas à la famille.
Antée lui fit alors son premier vrai sourire.
Theodis le regarda quelques instants, se leva et se précipita vers l’évier. Il baissa la tête et se mouilla les cheveux à l’eau froide.
— Ça ne va pas ? demanda Antée, surpris par son attitude.
— Si ! répondit Theodis d’une voix rauque. Ce n’est rien ! Ouf ! J’avais chaud d’un seul coup.
— Tu m’étonnes, il doit au moins faire trente-cinq degrés. Que faisons-nous, maintenant ?
Theodis ne revint pas s’asseoir, mais resta adossé au réfrigérateur.
— Nous allons commencer à nous entraîner. Je vais me fondre dans le décor et tu devras me trouver.
— Tu vas te rendre invisible, c’est ça ?
— Exactement.
— Tes vêtements aussi ?
— Non ! Pas ceux-là. Le costume que je porte en mission est d’une matière spéciale, et il disparaît en même temps que moi.
— D’accord ! Mais je pensais que te rendre invisible te prenait beaucoup d’énergie.
— C’est ce que je fais croire. Personne ne sait que pour moi, c’est aussi facile que de respirer. À part toi, maintenant. Bon, je vais me mettre nu, et ensuite nous commencerons.
Sans aucune pudeur, Theodis enleva négligemment son tee-shirt sous lequel se cachait un torse musclé et recouvert de poils dorés. Antée, l’eau à la bouche devant tant de beauté, se sentait incapable de détourner les yeux.
Tout son corps se tendit et une partie, heureusement dissimulée par la table, décida que c’était jour de fête et se redressa fièrement.
Ensuite, comme au ralenti, Antée le vit retirer ses chaussures, descendre son pantalon et son boxer pour exposer la plus belle partie de son anatomie. Son sexe reposait gentiment entre ses cuisses. Il était long, épais, bien ciselé et fit gémir Antée intérieurement.
Bon Dieu, Bon Dieu, je le veux !
De peur que ses yeux ne parlent à sa place, il se détourna et ne vit pas le petit sourire satisfait de Theodis.
— Tu es prêt ? demanda-t-il.
Antée se racla la gorge.
— Oui, dit-il d’une voix que le désir rendait rauque.
— Regarde-moi, alors ! se moqua un peu Theodis.
Antée reporta son attention sur lui et eut le souffle coupé.
La partie basse de son corps avait disparu.
— Comment ?
— Tout simplement. Je me confonds avec le décor comme un caméléon. Regarde encore !
La partie supérieure disparut à son tour ainsi que sa tête, ne laissant voir que ses yeux bleus.
— C’est… un peu terrible, non ?
— Tu trouves ? Moi, j’aime bien quand je fais ça. Je vais me rendre complètement invisible et tu essaieras de me trouver. Sers-toi de tous tes sens. Il faut que je te prévienne, quand je suis ainsi, même mon odeur corporelle disparaît et je ne fais aucun bruit.
— D’accord, vas-y ! dit Antée en se levant.
Theodis ferma les yeux et il ne resta rien de lui.
Antée marcha lentement autour de la table en essayant de ressentir des vibrations dans l’air ou sur le sol. Il allait déclarer forfait, quand il sentit des mains passer le long de ses flancs. Il se retourna brutalement et tenta d’en attraper au moins une, mais il ne trouva que le vide.
— Tu utilises tes dons de téléportation en même temps que ceux d’invisibilité ? demanda-t-il, plutôt étonné qu’il soit capable de se focaliser sur deux aspects de ses pouvoirs.
— Oui, répondit Theodis à son oreille, faisant à nouveau tourner Antée.
— Merde, tu es trop rapide !
— Je suis peut-être rapide, mais tu ne te concentres pas assez. Ferme les yeux, arrête de marcher et ressens les choses qui t’entourent.
Antée l’écouta et ferma les yeux. Il bloqua son esprit à tout ce qui n’était pas Theodis, essayant de capter son aura. Quand tout à coup, il entendit dans sa tête.
« Viens à moi ! Fais deux pas sur la gauche. Tu m’entends… ouah ! Demi-tour maintenant et refais deux pas sur la droite. Je suis à seulement une demi-longueur de ton bras droit, légèrement sur ta gauche. Approche-le, encore un peu… »
Antée sursauta quand il toucha la peau nue de Theodis. Il fit glisser sa main le long de son torse, où il sentit un petit téton rouler sous ses doigts. Il perçut comme un gémissement et il allait y répondre, lorsque Theodis disparut. Il resta la main levée… sur du vide.
De frustration, il envoya un coup de pied dans le réfrigérateur juste à côté de lui.
— Oups ! dit-il quand il vit l’appareil basculer lentement vers le sol.
Il le retint, le repoussa sur son emplacement et fit la grimace en constatant l’énorme trou qu’il y avait dedans.
— Eh bien, heureusement que ce n’était pas moi devant ! commenta Theodis, à quelques pas derrière.
Il s’était habillé et Antée le regretta. Ils retournèrent à table après que Theodis, sans avoir besoin d’ouvrir la porte de l’appareil, attrapa deux canettes de coma cola.
— Ah… oui ! Désolé ! Je…
— Ce n’est pas grave ! Mon petit numéro t’a un peu énervé, c’est ça ?
Il prit son portable et tapa un message.
— J’en commande un autre, expliqua-t-il. Nous ne pouvons pas rester sans.
Antée avait un air gêné qui fit sourire son comparse.
— Je vais faire plus attention ! promit Antée. Dis-moi, comment as-tu pu être dans ma tête ? D’habitude, personne ne peut m’atteindre. Tous les télépathes qui ont tentés ont fait chou blanc.
— Je ne savais pas si tu allais pouvoir m’entendre. J’ai essayé.
— Oui, mais comment t’est venue cette idée ? As-tu déjà fait ça avec d’autres personnes ? As-tu fait des expériences ?
— Oui. J’ai convoqué environ une vingtaine de personnes, un jour dans ma maison. Je leur ai expliqué ce que je voulais faire, et elles ont accepté de participer.
— Ta maison… ton château, oui ! ne put s’empêcher de le taquiner Antée, qui avait pu plusieurs fois admirer la demeure de son collègue dans les journaux.
Theodis se mit à rire.
— C’est vrai que c’est plus un château qu’une maison, mais je l’aime. Alors, en ce qui concerne ces personnes, elles n’ont pas été aussi réceptives que toi. En fait, elles ne m’ont pas vraiment entendu. Elles ont juste ressenti des pulsions qui leur ordonnaient de faire telles ou telles choses.
— Pourquoi as-tu réussi avec moi ?
— J’ai une théorie, mais je t’en ferai part quand nous nous connaîtrons mieux. Nous avons quelques jours devant nous pour que je puisse la confirmer.
— Comme tu veux ! accorda Antée malgré son désir de savoir à quoi il pensait.
— Tu aimerais que je te fasse visiter ma maison ? demanda Theodis, à brûle-pourpoint.
— Tu m’inviterais chez toi ? s’étonna le jeune homme.
— Bien sûr. Je te présenterai même mes parents s’ils sont là. Ils seront heureux de te rencontrer. Pour en revenir à ma télépathie, je sais depuis des années que j’ai ça en moi, mais comme je te le disais, personne n’a jamais réussi à m’entendre. Jusqu’à toi.
Antée se redressa sur sa chaise en bombant légèrement le torse. Theodis ne peut s’empêcher de sourire.
— Que faisons-nous maintenant ?
— Nous pourrions ne rien faire, qu’est-ce que tu en dis ? J’ai fait installer un poste de télévision avec des jeux vidéo.
— Oui, cool. J’adore même si je n’ai pas l’occasion de jouer souvent.
— Allons-y, alors. Nous verrons demain pour continuer. Déjà, je trouve que nous avons bien avancé.
Ils jouèrent tout l’après-midi, dans une pièce qui avait été agencée plutôt agréablement. Un canapé en tissu faisait face à un écran géant dernier cri. Vous pouviez, grâce à une paire de lunettes et un accès internet, interagir en temps réel sur des reportages, des documentaires, des shows. Le plus de cet appareil, c’était son programme de jeux intégrés. Plus besoin de console ni de manettes. Il fallait juste s’enregistrer et le programme faisait le reste.
Ils furent interrompus par l’arrivée des militaires qui emportèrent le réfrigérateur hors service pour en installer un autre. Ils les entendirent râler sur les super-héros qui ne faisaient attention à rien. Ils ne prirent même pas la peine d’aller les saluer.
À l’heure du dîner, ni l’un ni l’autre n’avait vu le temps passer.
Ils se contentèrent d’une pizza qu’ils trouvèrent dans une immense chambre réfrigérée pouvant contenir assez de nourriture pour une centaine d’hommes.
Antée était complètement sous le charme de son aîné, et, quand il se coucha, si près de ce dernier, il se demanda comment il allait faire pour tenir pendant quinze jours. Pour Theodis, la question n’eut pas l’air de se poser. Il était à peine allongé qu’Antée l’entendit ronfler.
Il tourna dans son lit, se demandant pendant un moment s’il n’allait pas retourner en ville faire ses patrouilles.
Pendant quinze jours, la sécurité du pays devait être assurée par les militaires en effectif renforcé.
— Cela leur fera du bien de se remettre un peu dans le bain, avait ironisé Theodis, au cours du dîner. Ils ont trop tendance à se reposer sur nous. Personne ne sait que nous sommes absents.
— Donc tu supposes qu’il n’y aura pas plus d’agressions que maintenant ?
— Tout à fait. Nous avons besoin de toute notre concentration pour arriver à être le tandem-choc qui fera frémir les plus coriaces. Nous allons devenir des légendes.
— Je n’ai pas envie d’être une légende.
— Tu en es déjà une, Antée. Avant même ta naissance.
— Ma mère et ses histoires, soupira le jeune homme. Tu sais que je ne connais pas ce qu’il va se passer pour moi. Elle a toujours refusé de m’en parler. Je ne suis même pas persuadé que mon père sache quoi que ce soit !
— Elle ne veut pas que tu contraries ton destin. Il est si facile de lui tourner le dos.
— Pourquoi dis-tu ça ? Tu as tourné le dos au tien ?
— Non, mais j’ai failli. Pendant un moment, j’ai eu le désir de dire : non ! C’est moi qui décide de ma vie. Pas une vision !
— Tu connais ton avenir ?
— Oh, oui !
— Et alors ?
— Il est très… agréable, si j’en crois l’expression de mon visage et celle de la personne qui va devenir mon autre moi. Mais j’aurais voulu ne pas le savoir, pour avoir l’impression…
— De ne pas te laisser influencer par une vision ?
— Tout à fait. Bien que je sois persuadé que la finalité aurait été la même.
— Quand vas-tu la rencontrer ?
— C’est fait.
Antée avait senti son cœur se serrer au ton alangui qu’avait pris Theodis.
— Ah ! Et alors ?
— Et alors ? Elle est idéale pour moi, pas de doute. Nous deux, ça va faire des étincelles. Et je ne regrette pas, aussi incroyable que ce soit. Et toi, Antée, tu m’as dit que tu n’avais personne. Pourquoi ?
Le jeune homme avait rougi, mais ne s’était pas dérobé.
— Aucun être normal n’est compatible moi, murmura-t-il.
— Tu m’expliques ? demanda Theodis, pas vraiment surpris par sa réponse.
— Je suis trop… fort. Je n’arrive pas toujours à me contenir, surtout quand je suis excité. Je sais, pas que je l’ai vécu ou quoi, mais il est fort probable que mon partenaire ne résiste pas à mes assauts.
— Partenaire ? souligna Theodis.
Le pauvre Antée s’était ratatiné sur sa chaise.
— Euh… oui, plutôt du genre masculin.
Il avait observé son vis-à-vis un peu alarmé. Les réactions des gens étaient parfois bizarres. Bien que la plupart des couples de la planète soient un homme et une femme, les couples homosexuels n’étaient pas rares et personne n’y trouvait à redire. Mais il savait que dans son cas, il serait regardé comme une bête curieuse, parce que l’on ne pouvait imaginer un super-héros compagnon d’un autre homme.
— Pas de souci pour moi, l’avait rassuré Theodis. Chacun ses goûts. Alors, tu n’as jamais…
La rougeur d’Antée se répandit jusqu’à son cou.
Il secoua négativement de la tête.
Theodis s’était levé, avait fait le tour de la table et posé la main sur son épaule, dans un geste réconfortant. Antée ne vit pas son sourire lumineux ni ses yeux briller comme dix mille étoiles.
— Ne t’inquiète pas, va. Je suis certain que tu trouveras la personne parfaite pour toi.
La conversation s’était arrêtée là.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
v.d prin
Disciple indiscipliné/e


Messages : 37
Date d'inscription : 25/07/2015

MessageSujet: Re: antée et theodis   Sam 25 Juil - 17:28

Chapitre III

Entraînement.

— Tu as compris ce que je voulais, Antée ?
Le jeune homme bâilla et opina.
— Oui, je crois. Je dois m’envoler et tu dois m’attraper.
— Oui. Ce qui serait bien, c’est que tu m’ouvres ton esprit.
— C’est-à-dire ?
— Tu me laisses te parler, comme hier !
— Oui, mais hier, je ne m’y attendais pas.
— C’est pour cela que je te dis de m’ouvrir ton esprit.
— Et je fais comment ? demanda le jeune homme, sceptique.
Ils se trouvaient à quelque deux cents mètres de la base et malgré l’heure matinale, la chaleur commençait à être déjà éprouvante.
Antée avait très peu dormi. Il était énervé d’être aussi proche de Theodis et il y avait longtemps qu’il n’avait pas passé une nuit entière dans un lit. Il s’était tourné et retourné, jusqu’à entendre son compagnon lui ordonner de dormir. Comme il ne voulait pas que Theodis lui demande le pourquoi de son agitation, il avait cessé de bouger et le sommeil l’avait pris par surprise.
— Tu penses à moi, tout simplement. Allez, Antée, vas-y !
— Et si tu n’arrives pas à me trouver ?
— Je me poserai quelque part, ne t’inquiète pas. Et surtout quoiqu’il se passe, tu voles comme tu le fais d’habitude, OK !
Antée s’éleva doucement dans les airs, en levant le pouce, suivi des yeux par Theodis, qui le trouvait magnifique. Quand il eut disparu de l’horizon, Theodis se concentra sur les pensées du jeune homme. Il arriva à se connecter à lui tout de suite. Antée lui avait ouvert son esprit comme aucun autre n’avait réussi à le faire auparavant.
Il suivit les mouvements de son collègue avec admiration. Il voyait à travers ses yeux toute la beauté de la terre vue du ciel. Quand il se sentit complètement amarré à Antée, il disparut.
Il réapparut à quelques centimètres seulement du jeune homme qui volait doucement. Antée le vit immédiatement, mais, le temps qu’il essaie de l’attraper, Theodis chutait vers le sol. Il allait se précipiter pour le récupérer, quand il se dématérialisa.
« Tout va bien ! entendit-il dans sa tête. Ne relâche pas ton attention, je recommence »
Les quatre nouvelles tentatives se soldèrent par le même échec. Theodis arrivait juste devant lui, mais si vite et si loin (quelques centimètres, mais beaucoup trop pour qu’Antée intervienne) qu’il chutait immédiatement.
« On arrête une heure ? demanda Antée. Je commence à avoir faim »
« Tu aurais dû déjeuner, ce matin. OK, on se retrouve à la base. J’y suis déjà, dit-il dans sa tête en riant. »
Antée le retrouva quelques secondes plus tard.
— Pourquoi es-tu si loin quand tu arrives devant moi ? demanda-t-il à peine les pieds posés au sol.
— Je pense que c’est toi qui me bloques !
— Moi ? Mais non…
— Si. Quand j’arrive, j’ai l’impression qu’il y a un bouclier devant toi qui m’interdit de te toucher.
Antée était vraiment surpris. Il ne s’était pas rendu compte qu’inconsciemment, il empêchait son collègue de l’attraper en vol.
— Tu es sûr que cela vient de moi ? voulut-il s’entendre confirmer, bien qu’il n’en doutait pas vraiment.
— Certain. Regarde-moi ! Je vais essayer de te faire voir la scène quand j’arrive près de toi.
Ils se regardèrent dans les yeux et une sorte de lien s’établit entre eux. Antée le vit attendre sur le sol, ce devait être la première fois, puis disparaître d’un seul coup. Il ressentit son plaisir à se téléporter et son excitation quand il apparut devant lui. Et puis, sa surprise quand une masse invisible l’empêcha d’atteindre son but. Après, c’était la chute libre.
— Oui, je comprends, s’exclama Antée en brisant le lien. Mon corps réagit d’instinct quand je me trouve près d’un danger potentiel.
— Comment ça ? s’étonna Theodis.
— Il y a plusieurs années, nous nous sommes aperçus avec mes parents qu’un bouclier se mettait en place quand j’avais à faire à une menace importante. Je supporte énormément de choses : une balle ricochera, un couteau ne me touchera pas, un poing se fracturera en me frappant. Mais il y a des circonstances qui font que mon corps peut être blessé. Une explosion trop près de moi, un accident de voiture ou d’avion, une tornade… j’ai fait des tests. Une sorte de bouclier émane alors de moi pour protéger mon intégrité physique.
— Tu penses être en danger avec moi, Antée ? demanda Theodis d’un ton soucieux.
— Non ! se défendit le jeune homme. Je ne sais pas pourquoi il s’active ainsi. Ah, mince ! Je vais me concentrer pour éviter que cela ne se reproduise.
— Mais tu vas pouvoir le contenir ? Cela ne te prendra pas trop d’énergie pour me laisser pénétrer ton esprit et l’empêcher de se manifester ?
— Oui. Je n’ai quasiment aucun effort à faire pour te laisser pénétrer ma tête. Même pas du tout. Non, ça va le faire.
— OK ! Allons manger quelque chose et ensuite retournons nous entraîner.
Theodis passa le bras sur les épaules d’Antée qui ne chercha pas à se dérober. Ils marchèrent d’un même pas, heureux l’un et l’autre de se trouver aussi proches.
Après leur collation, Antée reprit la route du ciel. Il se connecta automatiquement à Theodis. Quand ce dernier apparut devant lui, en une demi-seconde, il fit craquer son bouclier qui s’était remis instinctivement en place. Theodis se jeta alors sur lui, déséquilibrant Antée. Ils chutèrent tous les deux. Theodis s’accrochait à Antée dans une étreinte brutale, leurs torses serrés l’un contre l’autre.
Ils allaient plonger droit dans le sable, quand enfin Antée réussit à rétablir le contrôle de son vol. Il prit un long virage sur la gauche et se redressa petit à petit. Ils atteignirent les nuages en quelques secondes.
Le jeune homme avait toujours volé seul quand il était aussi haut. Sans demander l’avis de Theodis, il décida de continuer pour tester sa résistance avec une charge supplémentaire.
Ce dernier avait relâché un peu son étreinte et, en se contorsionnant, réussit à se mettre dos à lui, l’un des bras d’Antée autour de sa taille, pour admirer la vue. En quelques minutes, ils firent des centaines de kilomètres.
Ils traversèrent des villes, passèrent au-dessus de lacs, de montagnes. Antée plongea dans une forêt, où il fit du slalom autour des arbres. Theodis criait, mais de joie. Il hurla son bonheur quand il se trouva presque dans l’espace. La vision de la terre était absolument incroyable. Il ne ressentait pas le froid ni l’air qui claquaient contre son corps, car le bouclier d’Antée s’était redéployé en les protégeant tous les deux.
En une demi-seconde, il se dématérialisa et se retrouva à nouveau face à son « oiseau humain ». Sans même réfléchir, il saisit le visage d’Antée dans ses mains, et l’embrassa à pleine bouche.
Surpris pendant quelques instants, Antée ne sut pas quoi faire. Puis l’instinct reprit ses droits, et il ouvrit la bouche quand il sentit la langue de Theodis venir écarter ses lèvres. Sans même se rendre compte, il ralentit son vol et se laissa porter par les vents.  
Son premier baiser ne correspondait pas du tout à ce qu’il pensait. Il savait que ce serait bien, mais pas que ce serait si… incroyable. L’odeur et le goût de Theodis étaient complètement hallucinants.
Son sang quitta son cerveau quand la langue de Theodis se mit à jouer avec la sienne. Il alla se concentrer directement sur son sexe qui se gonfla, malgré la compression que lui faisait subir sa combinaison.
Serrés comme ils l’étaient, il sentit très bien Theodis répondre à son désir. Quand ils commencèrent à se frotter l’un contre l’autre, il ne put empêcher un gémissement de pur plaisir passer la barrière de ses lèvres.
Theodis était incapable de mettre un frein à ce qui leur arrivait. Non seulement Antée avait un goût incroyable et unique, mais en plus, il réagissait à la perfection à son contact. Il fit passer ses mains lentement le long du torse d’Antée en s’arrêtant intentionnellement sur ses petits tétons qui en dessous la combinaison se tendirent. Il sourit quand il l’entendit haleter.
Antée avait l’impression que toute sa vie se résumait à cet instant, à cette douceur, cette douleur presque qu’il ressentait au plus profond de son corps. Quand Theodis fit descendre l’une de ses mains jusqu’à son sexe, il crut qu’il allait exploser. Il poussa un cri et la bouche de son amant qui était partie en exploration dans son cou, revint le récupérer en gémissant.
Mais la main taquine resta posée où elle était. En tâtonnant, elle trouva l’endroit où s’ouvrait la combinaison (parce que héros ou pas, ils étaient avant tout des hommes qui avaient des besoins organiques).
Le sexe nu d’Antée jaillit, beau, fier, gonflé. Theodis baissa les yeux pour le regarder et eut l’envie d’être ailleurs, pour le prendre dans sa bouche, pour le sucer, le lécher, le mordiller.
« Oh, seigneur ! pensa Antée au même moment, c’est incroyable »
« Tu aimes, Antée ? » demanda Theodis qui grâce à leur connexion l’avait entendu.
« Oui, s’il te plaît, ne t’arrête pas ! »
« Aucune chance »
Theodis eut un sourire diabolique et il le serra plus fort dans sa paume, heureux de le sentir doux et légèrement fuyant.
Il prit l’une des mains d’Antée et la posa sur son propre sexe. Ce dernier eut un hoquet de surprise quand il le caressa : il était déjà si dur, si prêt pour lui.
Il s’infiltra dans la combinaison, comme l’avait fait Theodis et put enfin sentir la texture absolument incroyable d’un sexe autre que le sien. Il reproduisit les mouvements que Theodis imprimait à sa propre chair et fit courir sa paume le long de la hampe rigide. Quand il perçut ses gémissements, il ne put s’empêcher de sourire de satisfaction. Un sourire qu’il perdit, lorsque son amant les empoigna tous les deux, se servant de leurs mains jointes pour leur donner du plaisir. Un plaisir qui jaillit comme une explosion, recouvrant leurs combinaisons. Son visage dans le cou de Theodis, il se laissa voguer sur les affres de son orgasme et ce fut en l’entendant crier qu’il sut que lui aussi venait de jouir.
Ils se laissèrent dériver dans les airs pendant quelques minutes, Antée faisant redescendre leur corps lentement, en planant.
« Rentrons à la base, Antée ! ordonna Theodis. Je te veux nu, dans mon lit ! »
L’injonction de son amant lui rendit sa vigueur et sa tête. Il fit un demi-tour rapide, provoquant un cri de surprise à son binôme qui ne s’y attendait pas. Theodis se serra encore plus fort contre lui, et c’est dans un même éclat de rire qu’ils arrivèrent sur le lieu de leur résidence temporaire.
Quand ils atterrirent, Theodis ne perdit pas de temps. Il posa à nouveau sa bouche sur celle d’Antée et l’embrassa passionnément, faisant ressentir au jeune héros toute la force de son désir.
Antée, au-delà du plaisir qu’il éprouvait, de la joie de savoir que celui sur lequel il fantasmait depuis des années était enfin à lui, voulait comprendre pourquoi et comment.
— Attends, attends ! chuchota-t-il quand son amant le relâcha un instant. S’il te plaît ! Dis-moi ce qui se passe !
— Tu sais ce qui se passe, Antée. Je te veux et tu me veux.
Antée s’éloigna de quelques pas. La chaleur de cette fin de journée commençait à se dissiper et ce fut presque en frémissant de froid et d’appréhension, qu’il continua.
— Je ne sais rien du tout, dit-il presque avec colère. Que s’est-il passé là-haut ? Est-ce dû à l’excitation du moment ? Et comme je t’ai annoncé que je suis gay, tu en as profité !
— Calme-toi, Antée.
Theodis le reprit contre lui et le força à poser son visage sur son torse. Il fit de longs mouvements de mains dans son dos et le jeune homme se détendit.
— Nous allons rentrer prendre une bonne douche, chacun de notre côté, puis nous mangerons un morceau. Je te sens épuisé. Et après, nous parlerons. Ça te convient comme programme ?
Antée opina et ce fut main dans la main qu’ils se dirigèrent vers les bâtiments.
Comme l’avait dit Theodis, ils se lavèrent séparément, Antée dans la chambre, son aîné dans les vestiaires.
Ils se retrouvèrent une demi-heure plus tard.
La douche avait fait du bien au jeune homme qui avait pris le temps de réfléchir à la situation. La réputation de Theodis ne laissait planer aucun doute sur son hétérosexualité et il avait décidé d’accepter que, ce qu’ils avaient vécu dans les airs, n’ait été qu’une aberration due à l’adrénaline.
Il n’en était pas heureux, mais retournerait chez lui avec le souvenir de son premier vrai baiser et de sa première jouissance donnée par d’autres mains que les siennes.
Theodis déposa une assiette pleine de spaghettis devant son nez et s’assit en face de lui.
Ils mangèrent en silence. Quand ils eurent terminé, dans un même ensemble, ils s’installèrent dans le salon. Theodis montra le canapé à Antée pendant que lui-même s’installait sur un fauteuil qu’il approcha pour être face à lui.
— C’est moi qui vais parler, Antée. J’aimerais que tu me laisses aller jusqu’au bout de mon histoire sans m’interrompre. Tu penses que tu peux le faire ?
— Bien sûr ! maugréa le jeune homme.
— D’accord ! Je t’ai raconté ainsi qu’à tes parents comment j’étais devenu ce que je suis. Après mon coma, mes parents m’ont aidé à accepter mes pouvoirs et à les contrôler. Tout se passait bien, jusqu’à mes quinze ans. Mon corps commençait à changer, mes hormones me donnaient des désirs que je ne connaissais pas, mais qui étaient parfaitement naturels. Il suffisait que je voie une femme un peu découverte à la télévision pour qu’il réagisse. Une nuit, j’ai fait un rêve.
« Je me trouvais dans une chambre, un homme était allongé dans mon lit. Je me suis entendu l’appeler par son prénom et il ne faisait aucun doute que nous nous connaissions bien. Il me regardait avec un air si alangui que, par-delà mon sommeil, mon jeune corps a réagi aussitôt. Je me suis réveillé en sueur et avec une fabuleuse et douloureuse érection. Je n’ai d’ailleurs pas pu me soulager cette nuit-là. Les jours qui ont suivi, je n’arrivais pas à oublier ce rêve. J’en ai parlé à mes parents. Ils ne savaient pas plus que moi ce que voulait dire ce rêve. Et puis les mois passèrent sans qu’il revienne et je l’ai mis dans un coin de ma mémoire. Jusqu’à l’année suivante. Entre temps, j’avais un peu vécu et connu ma première relation sexuelle avec une jeune femme ayant neuf ans de plus que moi.
» À la même date, à la même heure, je me suis à nouveau réveillé le corps en feu. Je me suis soulagé et j’ai connu l’un de mes plus beaux orgasmes. Dans cette vision, c’était invariablement le même homme et il me regardait toujours avec cette impression que je venais de lui offrir le monde.
» Mes parents furent aussitôt mis au courant. Ils ont fait le rapprochement avec ma date d’anniversaire. Comme je suis un enfant abandonné, nous ne savions pas le jour exact de ma naissance, mais, grâce à ces songes, nous sommes maintenant persuadés que je suis né le 24 mai 2051. L’année s’est écoulée, et à nouveau j’ai rêvé de lui. Nous étions plus vieux, avec quelques cheveux blancs, mais nous avions l’air de nous aimer autant que lors du premier rêve.
 » Tu imagines que ces visions m’ont fait beaucoup cogiter. Surtout que j’adorais ce que je faisais avec les femmes. Je n’avais pas envie et je ne me visualisais pas avec un homme dans mon lit.
 » J’ai fait ce même rêve pendant des années, sans comprendre qui pouvait être cet individu et ce qu’il représentait, parce qu’à part son prénom, je ne savais rien de lui.
 » Jusqu’au jour, où je l’ai vu à la télévision. Il venait d’arrêter un train lancé à pleine vitesse qui aurait dû finir dans la gare en faisant des centaines de victimes »
Antée mit quelques secondes à réaliser qu’il parlait de lui et de sa toute première intervention comme super-héros.
— Tu veux dire que… enfin, c’est de moi… tu as rêvé de moi ?
— Oui, affirma Theodis. Pendant toutes ces années, c’était toi le personnage de mes rêves les plus chauds. À chacun de mes anniversaires, depuis que j’ai quinze ans, tu viens me hanter. Mes parents ont pris des renseignements sur toi dès que je leur ai révélé ton nom, plus ceux que l’on connaissait de toi par les journaux
— Je ne savais pas…
— Bien sûr que tu ne pouvais pas savoir ! Quand je t’ai reconnu, j’ai dit à mes parents qu’il était hors de question que je te rencontre. C’est pour cela que j’ai refusé toutes les interventions qui auraient pu nous mettre en présence.
— Je comprends ! Tu ne voulais pas avoir à faire avec moi. Je sais que tu préfères les femmes et vraiment je suis désolé d’avoir…
— Tais-toi ! Laisse-moi t’expliquer.
» Cela n’a rien à voir avec le fait que tu sois de sexe masculin, Antée. J’ai eu le temps pendant toutes ces années de me faire à l’idée, plutôt agréable d’ailleurs, d’être uni à un homme. J’ai même connu quelques relations sympathiques avec eux, parce que je ne voulais pas arriver devant toi sans avoir d’expérience. Ce qui m’a fait attendre, c’est que tu étais beaucoup trop jeune. Tu étais encore un gamin. Cela se sentait toutes les fois que tu devais parler à la télévision. Tu étais si timide, si peu sûr de toi. Et puis, je t’ai vu évoluer. Tu as changé, tu as mûri. Je ne rate aucune de tes apparitions. Tu es devenu ma principale obsession. J’ai beaucoup réfléchi également et j’ai essayé de me projeter dans quelques années. Je sais, je sens au fond de moi, que tu es La personne qu’il me faut. Sans toi, je vais dépérir et… »
— Mourir ! C’est ce que tu as dit lorsque tu es venu me parler, souligna Antée qui avait du mal à croire ce qu’il entendait.
— Non, je ne vais pas mourir. Je ne me suis jamais vu en train de regarder le ciel alors que la vie s’échappait de mon corps.
— Mais tu…
— Il fallait bien que je trouve une excuse pour que nous puissions passer du temps ensemble.
Theodis attrapa les mains d’Antée et les porta à ses lèvres
— La menace est réelle en ce qui concerne Jonas Peterson et le docteur Blascher. Mais pour le moment, tant qu’ils n’ont pas manifesté leurs intentions de vouloir conquérir le monde, nous ne pouvons pas intervenir. Mais le plus important dans l’immédiat, c’est toi et moi. Dis-moi, Antée, n’as-tu jamais, même un peu, eu quelques pensées coupables envers moi ?
Le jeune homme se mit à rougir ce qui amena un grand sourire sur le visage de Theodis.
— Vas-y, raconte-moi ! Je t’ai révélé mon secret, à toi de me parler du tien, maintenant.
Antée posa son front sur leurs mains toujours jointes et prit une profonde inspiration avant de regarder son compagnon.
— J’ai un poster, chez moi.
— Un poster ? De moi ?
— Oui !
— Comme celui que beaucoup d’ados possèdent ?
Antée rougit encore plus fort.
— Pas vraiment !
Theodis fronça les sourcils.
— Il est comment ? demanda-t-il, un peu suspicieux.
Antée se racla la gorge.
— Je ne sais pas si tu te souviens, il y a quatre ans. Un homme est entré sur ta propriété et a pris des photos de toi, nu !
Theodis lâcha les mains d’Antée et se cala bien au fond de son fauteuil.
— Bien sûr, je m’en souviens. J’en ai été informé au moment où il les mettait sur le net. Sa connexion a tout de suite été bloquée et logiquement personne n’a pu les télécharger. Il a été arrêté immédiatement après. Tu n’as pas eu le temps de les avoir !
— Si, je les ai récupérées, par un autre biais.
— Lequel ? sourit malgré lui Theodis. Elles ne sont jamais réapparues après l’arrestation de cet homme.
— C’est un peu normal, grimaça son jeune acolyte, c’est moi qui suis allé voler ses cartes mémoires.
— Quoi ?
— J’ai entendu parler de cette histoire le lendemain et quand j’ai essayé d’avoir l’une des photos, je ne l’ai jamais trouvée. Alors, j’ai cherché le nom du type. La nuit, juste après son arrestation, je me suis introduit chez lui et j’ai découvert sa cachette. À l’intérieur, il y avait un peu d’argent liquide et surtout la fameuse carte mémoire. Je l’ai prise et j’ai installé les photos sur mon PC. Il y en avait une dizaine, mais je n’ai gardé que la meilleure que j’ai imprimée. J’ai effacé les autres et détruit la carte, finit-il comme si ce simple fait allait rendre le sourire que Theodis venait de perdre.
— Et laquelle était la meilleure ? Je n’ai vu que les trois qu’il avait l’intention de diffuser, car lorsqu’il nous a dit où il avait caché la carte mémoire, nous n’avons rien trouvé.
— Ah, euh… tu es couché sur ton transat, nu et tu te touches.
— Je me touche ?
— Oui, enfin, tu caresses ton sexe ! Et tu es plutôt en forme.
— Je suis en train de me masturber ? C’est ce que tu veux me faire comprendre ?
— Oui !
— Et c’est celle-là que tu as gardée ?
— C’était la plus belle ! maugréa Antée, d’un air penaud.
Theodis se leva et fit quelques pas autour de la pièce avant de revenir s’asseoir.
— Alors, que je résume. Tu as entendu parler des photos, tu as été chez cet individu voler la carte mémoire et tu as gardé le cliché où je me fais du bien ! Pour le moment, j’ai tout bon, non ?
— Oui, murmura Antée.
— D’accord ! Notre photographe est resté un an en prison, parce que nous n’avons rien trouvé chez lui, tu es toujours d’accord avec moi ?
— Oui !
— Cet homme, je ne me souviens plus de son nom, nous a pourtant juré sur l’honneur qu’elle était là. Mais personne ne l’a cru. Et le seul qui aurait pu lui éviter de passer ses longs mois derrière les barreaux n’a jamais rien révélé pour le sauver. Tu peux m’expliquer pourquoi ? Tu pouvais, même sous couvert d’anonymat, nous faire savoir que tu avais tout détruit et surtout que tu l’avais bien découverte à l’endroit indiqué.
— Jamais de la vie ! Cet homme a violé ton intimité et je t’ai dit que personne ne touche aux gens qui me sont chers. Il a été puni et je trouve qu’une seule année en prison ce n’est même pas…
Il fut interrompu par Theodis qui se jeta sur lui, le coucha sur le canapé et lui prit ses lèvres dans un baiser passionné.
Il entoura alors ses bras autour du cou de son amant, incapable de poursuivre sa défense.
Son goût, son odeur étaient encore meilleurs ici que dans les airs. Tout était plus fort, plus intense, décuplé.
Il gémit lorsque Theodis le relâcha. Il désirait tellement plus !
— Je te veux dans mon lit, Antée, murmura son amant d’une voix rauque. Maintenant ! Mais je pense que nous devons attendre !
— Hein ! Pourquoi ? Je ne tiens pas à attendre, moi.
Antée se dégagea de ses bras et le regarda avec indignation et stupeur.
— Écoute-moi, Antée ! Nous avons tous les deux idéalisé cette future relation. Toi, en fantasmant sur des photos, moi, sur des visions. Mais nous ne nous connaissons pas. Et je crois que pour bâtir quelque chose de solide, il faut que nous en apprenions le plus possible l’un sur l’autre. Tu trouves que je suis prétentieux, et je pense que tu as raison. Je trouve que tu es un peu trop gâté et tu sais que j’ai raison. Nous sommes très attirés l’un par l’autre, mais il ne faut pas que ce soit cette attirance qui domine notre relation. Je veux que nous deux, quoi qu’il se passe dans nos vies, soyons toujours sur la même longueur d’onde, que la confiance soit le ciment de notre couple. Je désire que nous puissions parler de tout et si l’un de nous ne se sent pas bien, je veux que l’on puisse se le dire. Tu comprends ce que je souhaite ?
Antée fit la moue, mais opina.
— Tu veux que l’on soit sage, quoi ! Comme deux personnes qui viennent de se rencontrer.
— C’est ça, avec quand même, un petit plus. Nous sommes déjà amoureux l’un de l’autre. Il faut juste que nous consolidions cet amour, mais pas au lit.
— D’accord ! J’ai bien compris et tu dois avoir raison. Mais ça va être dur de dormir à côté de toi sans…
Theodis se mit à rire.
— Nous serons deux à souffrir, Antée, crois-moi. Mais c’est important que nous apprenions à nous connaître.
— Ça va être dur de dormir à côté de toi sans…
Le bruit assourdissant de plusieurs hélicoptères atterrissant dans la base fit s’interrompre Antée.
— Merde ! cria Theodis. C’est quoi, ce bordel ?



Chapitre IV

Dans l’espace.

Ils eurent juste le temps de reprendre leur esprit, de se redonner un air présentable, puis de se téléporter à l’extérieur pour voir le général Hartmond ainsi que plusieurs autres militaires descendre des hélicoptères. Le général se dirigea directement vers eux, pendant que les autres formaient un anneau de sécurité.
— Général, que se passe-t-il ? demanda Theodis
— Désolé de vous déranger pendant votre entraînement, messieurs, mais…
Antée se mit à tousser, ce qui fit froncer les sourcils du général et éclater de rire Theodis qui lui tapa dans le dos pour l’aider à reprendre sa respiration.
— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demanda Hartmond qui avait l’impression d’être le dindon d’une farce qu’il ne comprenait pas.
— Non, général, hoqueta Antée. C’est moi ! J’ai repensé à un truc et… enfin bref, que pouvons-nous faire pour vous ?
— Je vous emmène au centre spatial de Leonokville.
— Maintenant ? s’étonna Theodis.
— Oui ! Embarquez ! Nous n’avons pas le temps de nous attarder ici. Commandant Laster ! cria-t-il.
— Mon général !
Un homme d’une quarantaine d’années se présenta en faisant le salut réglementaire.
— Vous gardez la base jusqu’au retour d’Antée et de Theodis !
— Bien, mon général.
Ils montèrent rapidement et furent dans les airs encore plus vite.
— Nous arriverons dans une paire d’heures, les informa Hartmond. Où en êtes-vous de vos entraînements ?
Les deux héros se regardèrent.
— Cela ne fait que quelques jours, général.
— Oui, bien sûr ! approuva le militaire.
— Nous pouvons savoir ce qu’il se passe ? demanda Theodis.
— Je vous en dirai plus une fois à la base. Secret défense !
Ils étaient installés à l’arrière de l’appareil et entre le bruit des hélices et des moteurs, ils devaient crier pour parler.
Antée regarda fixement Theodis et essaya le premier d’entrer en contact avec son esprit.
« Il est vraiment tombé au mauvais moment ! » se plaignit-il.
Theodis eut l’air un peu surpris.
« Tu arrives à me parler ? »
« Si ce n’est pas moi, il y a un problème, non ! »
« Ce que je voulais dire, c’est que je ne pensais pas que cela pouvait marcher dans les deux sens. Mais je suis ravi que tu arrives à te connecter à moi comme si c’était naturel ! »
Il lui décrocha alors un clin d’œil.
« Cela nous laisse quelques possibilités »
« Ah oui ! Lesquelles ? » demanda Antée.
« Eh bien, faire ça par exemple »
Theodis ferma les yeux et envoya à son amant une image mentale de lui embrassant ses tétons.
« Je les aime, dit-il en même temps. Ils sont juste assez gros pour que je les suce, les mordille. Tu as aimé que je te les mordille, avant qu’ils ne nous interrompent ? »
Il vit Antée se tortiller en face de lui et ne put s’empêcher de sourire.
« Oui, j’ai adoré. Qu’aurais-tu fait, ensuite ? »
« Je serai descendu jusqu’à ton nombril et je l’aurai dévoré. Et puis, j’aurai continué un peu plus bas, là où ton sexe, dressé comme un étendard, frétillant de désir m’attendrait. J’aurai sorti ma langue pour la passer sur la fente et j’…
L’appareil fit une brusque embardée sur le côté déséquilibrant les passagers. Ils entendirent, malgré le bruit ambiant, les pilotes crier.
— Nous perdons de l’altitude, mon général !
Le général se redressa tant bien que mal et se dirigea vers le cockpit.
« Antée, c’est toi ? » demanda Theodis.
« Oui, je suis désolé, attends… »
Le jeune homme se concentra et l’appareil reprit le cours normal de son vol.
— Que s’est-il passé ? cria Hartmond.
— Je ne sais pas, général. Tout s’est détraqué d’un seul coup.
— C’est bon, là ?
— Oui, mon général. Ça va !
— Foutu matériel, râla Hartmond en revenant s’asseoir près de Theodis.
« Ça va, Antée ? » s’inquiéta son compagnon.
« Oui. Mais il vaut peut-être mieux éviter de faire ça quand nous sommes dans ce genre d’engin. »
Les deux jeunes hommes partirent d’un éclat de rire. Hartmond les regarda tour à tour, décidé à ne surtout pas demander ce qui les faisait ainsi s’esclaffer. Il ne savait pas ce qu’il se passait entre ces deux-là et ne voulait surtout pas savoir !
Ils arrivèrent au centre une heure plus tard sans autres incidents.
Hartmond les pressa de le suivre. Ils empruntèrent un ascenseur qui les emmena au premier sous-sol. Là, le général sortit une carte magnétique pour la passer devant un détecteur. Passé le premier sas, il mit son index droit sur un autre détecteur d’empreinte avant d’y scanner sa rétine. Ils attendirent à peine deux secondes avant que le second sas ne s’ouvre. Et en troisième, Hartmond dut déclamer son identité puis cracher dans un réceptacle qui analysait l’ADN.
— C’est… impressionnant, ne put s’empêcher de commenter Antée.
— Oui, et encore, ils ont enlevé celui à urine.
Le regard surpris de Theodis et d’Antée ne lui échappa pas.
— C’était vraiment trop pénible, expliqua-t-il alors que le troisième sas coulissait. Je me suis vu coincé entre les deux pendant une heure en attendant d’avoir envie ! Venez !
Ils débouchèrent sur une pièce où des dizaines de personnes s’affairaient autour d’ordinateurs. En face d’eux se tenaient deux écrans géants : le premier représentait une carte terrestre avec les différentes frontières de chaque pays, et des points qui se déplaçaient sans cesse. La deuxième, une vue de l’espace. Et là où ils auraient dû trouver la planète, il n’y avait qu’un gros rocher.
Ils suivirent Hartmond qui les emmena dans un bureau ouvert, en hauteur, d’où ils surplombaient toute la salle.
— C’est une…, commença Theodis.
— Météorite, oui, l’interrompit le général.
— Et elle se dirige…
— Droit sur nous. Combien de temps encore ? cria Hartmond.
— 18 heures, mon général, répondit une voix en dessous d’eux.
— Que voulez-vous que nous fassions, bien que j’en aie une petite idée ? demanda Antée.
— Vous allez monter dans un vaisseau qui vous amènera à une certaine distance de la météorite. Ne vous inquiétez pas, il a été conçu pour ça. Il est fait de carbyne et d’un autre matériau. Vous devrez ensuite par vos propres moyens vous approcher au plus près et vous allez devoir la repousser.
— Comme ça ! C’est d’une simplicité ! ironisa Theodis.
— Je ne dis pas que cela sera facile, Theodis, je vous informe juste, sans rentrer dans les détails, quelle sera votre mission.
— Mais vous n’auriez pas pu la voir avant ?
— Si ! Mais cette monstruosité est apparue tout à coup !
— Enfin, elle vient bien de quelque part ! s’étonna Antée.
— Nous avons une théorie : nous croyons qu’elle aurait pu être aspirée par un trou de ver qui l’aurait propulsé directement devant la Terre.
— Comme s’il avait servi de moyen de transport ?
— Oui !
— Mais ces trous de ver ne sont-ils pas purement théoriques ? demanda Theodis.
— Absolument pas Theodis, nous en avons la preuve devant les yeux. En résumé, ils aspirent d’un côté et renvoient de l’autre. Une équipe travaille là-dessus depuis des années pour savoir comment se servir de ces transporteurs naturels pour aller d’un endroit à l’autre de l’espace. En attendant, nous avons un gros, mais très gros problème sur les bras. Elle est aussi grosse que dix stades de football et si elle tombe sur nous, nous pouvons dire adieu à la vie. C’est pour cela que, pour le moment, personne n’est au courant, à part les gens qui travaillent ici et à qui nous avons interdit de prendre contact avec qui que ce soit, même leur famille. Notre président compte sur vous, messieurs. Il arrive d’ailleurs avec vos parents Antée. Nous avons recherché les vôtres, Theodis, mais nous ne les avons pas trouvés.
— Ils doivent être au fin fond de la forêt amazonienne. De combien de kilomètres doit-on la repousser pour qu’elle évite la Terre ?
— Nous le saurons quand nous constaterons qu’elle se trouve dans un autre flux qui l’emmènera plus au sud de la planète. Nous éviterons alors la catastrophe. Elle frôlera la terre pendant dix minutes puis s’éloignera petit à petit. Pendant ces dix minutes, tous les appareils électriques, informatiques tomberont en panne. Nous ne pourrons plus contacter qui que ce soit. C’est pour cela également que tout doit rester secret. Il ne faudrait pas que les petits malins profitent de ce laps de temps pour commettre des délits. En dix minutes, beaucoup de choses peuvent être faites !
— Comment procède-t-on exactement ? demanda Theodis.
— Comme je vous le disais, nous allons vous envoyer au plus près de la météorite et grâce à la force physique d’Antée et à votre force mentale, Theodis, vous devriez arriver à la détourner. Vous partez dans une heure !
— Eh bien, nous n’avons pas vraiment voix au chapitre, il me semble ! conclut Antée en regardant cette immense masse s’avancer lentement mais sûrement vers eux.

Antée ne put voir ses parents que quelques instants avant que le général ne leur ordonne de monter dans le vaisseau. Ceux de Theodis avaient été enfin localisés et l’armée les rapatriait vers le centre. Ils ne seraient malheureusement pas arrivés avant le départ de leur fils.
Ils avaient revêtu les tenues réglementaires. Malgré la situation, Antée ne put s’empêcher d’admirer Theodis. L’uniforme lui allait très bien, et il avait déjà l’idée d’en « emprunter » un après leur intervention.
Ils s’installèrent dans la cabine de pilotage bien qu’aucun des deux ne sache piloter ce genre d’engin. Tout serait dirigé de la base et Antée espéra que celui qui tiendrait les manettes n’avait pas bu plus que de raison. Il fit part de sa réflexion quand on leur demanda de tester les appareils de communications. Il n’entendit pas de réponses, mais perçut le rire cristallin de sa mère et celui, plus rauque, de Theodis.
Il n’eut pas le temps de reposer la question que les moteurs se mirent à vibrer : le compte à rebours commençait. Ils furent plaqués sur leur siège au moment du décollage. Ils atteignirent l’espace intersidéral dix minutes plus tard. Puis la poussée se fit moindre et l’engin prit son rythme de croisière.
Ils virent la terre s’éloigner et même si Antée avait déjà eu l’occasion de la contempler, il ne pouvait que rester admiratif devant la beauté qui s’étalait sous ses yeux. Theodis eut plus de mal à se remettre du décollage. Il dut patienter un peu plus que son compagnon pour apprécier lui aussi le spectacle.
— Ici, la base, entendirent-ils, tout va bien là-haut ?
— Tout à l’air OK, général ! répondit Antée. Dans combien de temps devrions-nous être aux abords de la météorite ?
— Deux heures trente-cinq. En attendant, Antée, votre mère me demande de vous annoncer que sous votre siège, dans un coffre, il y a ce qu’il faut pour vous après l’intervention. Elle veut que vous montriez à Theodis quoi faire quand vous serez revenu dans le vaisseau.
— Très bien, général. Dites à ma mère que…
— Je suis là, mon chéri. Je t’entends.
— Coucou, Ma. Je vais lui montrer, ne t’inquiète pas !
— Que dois-tu me montrer, Antée ? demanda Theodis en se détachant.
— Quand nous réintégrerons l’appareil après avoir repoussé la météorite, je n’aurai sûrement plus de force. Tu vas probablement devoir me ramener dans le vaisseau et me faire une injection de glucose afin que mon corps récupère plus vite. Ensuite, il faudra que tu attendes que je me réveille…
— Tu vas t’évanouir ?
— Plutôt sombrer dans une sorte de coma qui, s’il n’est pas traité rapidement, pourrait occasionner des lésions neurologiques.
— Hé ! Mais je refuse que tu participes à ça, si c’est pour te retrouver dans le coma !
Antée ne put s’empêcher de sourire devant la mine angoissée qu’avait prise Theodis.
— Il n’y aura pas de souci si tu me ramènes tout de suite après. Vraiment aucun ! Je te promets ! continua-t-il devant son air sceptique.
— D’accord ! Montre-moi ce qu’il faudra que je fasse.
Pendant l’heure qui suivit, Theodis voulut faire et refaire les gestes indispensables à la survie d’Antée. Quand enfin, il fut rassuré, il prit son amant dans ses bras et l’embrassa avec passion.
Ce qui eut pour effet de faire monter la chaleur dans la cabine de pilotage et dans le corps des deux hommes.
— Que se passe-t-il là-haut ? entendirent-ils. Vos cœurs battent trop vite ! Vous manquez d’air ?
La voix d’Hartmond vint leur rappeler que même leurs corps étaient directement connectés avec la base et ils se séparèrent avec regret.
— Tout va bien, mon général ! se dépêcha de les rassurer Theodis.
— Oui, je vois. Vos rythmes cardiaques se calment. Que s’est-il passé ?
— Rien, général, une petite mise en bouche ! se moqua Antée.
— Une mise en bouche… Laissez tomber, je ne veux rien savoir. Votre arrivée est prévue dans une heure, quinze minutes, dix-huit secondes. Theodis, vous devriez enfiler votre combinaison de sortie !
— Il n’en a pas besoin, général, je peux le protéger, l’arrêta Antée.
— Ah oui ! Et comment ferez-vous pour le protéger quand vous vous serez évanoui, Antée ?
— Bien sûr, je n’avais pas pensé à ça.
— C’est pour cela que je suis général et pas vous ! Mettez-en une également. Je ne tiens pas à vous perdre. Ni l’un ni l’autre ! C’est clair ?
Les deux hommes ponctuèrent d’un simulacre de salut les ordres du général.
— Oui, général, c’est parfaitement clair, répondirent-ils en chœur.
Le temps de mettre leurs tenues, de vérifier leur fonctionnement, le vaisseau arrivait très rapidement près de la météorite.
Après avoir obtenu la permission de sortie, une fois que le vaisseau fut stabilisé dans l’espace, ils empruntèrent un sas et se retrouvèrent à l’extérieur.
Ils s’attachèrent à un câble en soie d’araignée qui se dévida en même temps qu’ils s’approchaient du caillou.
Antée activa son bouclier autour de leurs corps, afin que l’attraction de la météorite ne les entraîne pas. La roche n’aurait pas dû être attractive, mais en passant par le trou de ver, sa structure originelle avait été profondément modifiée. Elle semblait agir comme un aimant avec tout ce qui l’approchait. Elle avait d’ailleurs attiré à elle, deux satellites de communication. Leur vaisseau était heureusement placé trop loin pour subir ce phénomène.
Quand ils arrivèrent proche au point de pouvoir la toucher, Antée se mit devant Theodis qui le maintint contre lui d’une main pendant que l’autre s’appliquait sur la roche. Antée, qui n’avait pas vraiment besoin de la combinaison enleva juste les gants et posa les siennes à quelques centimètres de celle de son compagnon.
« Antée, à trois, nous commençons ! D’accord ? » demanda Theodis en se connectant.
« C’est bon pour moi ! » approuva le jeune homme.
Antée poussa de toutes ses forces pour la faire reculer pendant que Theodis utilisait son pouvoir de télékinésie pour l’aider. Ils n’avaient pas la sensation de la faire bouger, malgré leurs efforts, quand ils entendirent le général.
— Ça marche, messieurs, oui, ça marche. Vous l’éloignez !
— Vous êtes certain que nous la faisons reculer, général, parce qu’ici nous n’en avons pas l’impression ! demanda Theodis pour confirmation.
— Oui ! Nous avons la preuve devant les radars. Comment va Antée ?
— Il ne peut pas répondre, général, mais pour le moment, je ne le sens pas faiblir.
— Parfait, continuez. Encore un peu. Ne me parlez plus, Theodis ! Concentrez-vous !
« Ça va, Antée ? »
« Oui ! Chut ! »
« OK ! »
Antée sentait ses forces s’amenuiser au fur et à mesure que le général Hartmond les encourageait. Au bout de ce qui lui semblait une éternité, il était en sueur, le corps ankylosé de douleur.
« Je n’en peux plus », eut-il encore la force d’envoyer à Theodis.
« Tiens bon, bébé, nous y sommes presque ! »
« Bébé ? »
Son compagnon se mit à rire et cela lui redonna un soupçon de dynamisme.
— C’est hallucinant, vous l’éloignez, entendirent-ils.
« Un dernier effort, Antée. C’est bientôt fini ! »
Antée regarda une dernière fois cette masse rocheuse à laquelle il s’agrippait depuis maintenant une heure, puisa au fond de lui cette dernière fois et poussa, poussa à s’en arracher les bras. Il n’entendit pas le cri de victoire provenir de la terre ni le « oui, enfin ! », soufflé par Theodis.
Il s’évanouit.
Theodis le sentit s’avachir contre lui, pendant que le bouclier mis en place autour d’eux se fissurait. Il était lui-même épuisé, mais il devait absolument rejoindre le vaisseau et soigner Antée avant de se reposer. Sa tête était comme un gigantesque tunnel de métro en pleine heure de pointe. Il tira sur le câble et se souvint qu’il avait été obligé de le détacher d’eux parce qu’il s’était révélé trop court. Il regarda derrière lui, et vit l’engin spatial. Il semblait si loin. La masse rocheuse s’éloignait également d’eux, mais il sentait qu’elle continuait à les aspirer. Le bouclier était presque complètement résorbé et il se doutait que lorsqu’il se serait complètement évaporé, ils deviendraient alors des satellites de la météorite.
Et jamais il ne permettrait ça !
Ils venaient de se trouver, ils avaient des tas d’aventures à vivre, des tonnes d’amour à se donner. Il fit comme Antée quelques minutes plus tôt ; il puisa dans ses dernières ressources pour rejoindre l’engin en se téléportant.
Ils arrivèrent devant et Theodis eut le réflexe de se rattraper à une rampe du vaisseau. Son deuxième réflexe fut de tâter devant lui.
OUF ! Antée était là.
Il le serra à nouveau contre lui et se mit à visualiser le poste de pilotage.
Quand il se réveilla, une sirène stridente lui déchirait les tympans, malgré le casque qui recouvrait son visage. Il l’enleva le plus rapidement possible, essaya de se mettre debout, mais ses jambes refusèrent de le porter. La douleur dans son crâne était telle qu’il pensait qu’il allait exploser.
Il s’aida alors de ses mains et rampa sur le sol. Il attrapa la radio.
— Arrêtez la sirène, je suis là ! murmura-t-il.
— Theodis ?
— Oui, mon général, c’est moi.
— Il faut vous occuper d’Antée avant toute autre chose, Theodis, vous entendez !
— Oui, général, je vous entends. J’y vais.
Il laissa le micro et retourna lentement vers son compagnon. Il retira son casque et sa pâleur lui fit peur. Il attrapa le matériel qu’il avait découvert juste avant de sortir, prit la perfusion et ce fut en tremblant qu’il piqua dans l’un de ses bras après avoir réussi tant bien que mal à lui enlever sa combinaison. Quand il vit le sang refluer dans la tubulure, il sut que c’était bon. Il ouvrit le robinet pour que le glucose se diffuse dans les veines d’Antée et lorsqu’il fut sûr que le liquide coulait bien, il posa sa tête sur son torse, puis s’évanouit à nouveau.
Ce fut une douce caresse dans ses cheveux qui le réveilla. Il lui fallut quelques instants avant de se souvenir où il était. Il releva la tête et plongea dans les yeux pleins d’angoisse d’Antée.
— Comment vas-tu, bébé ? demanda-t-il.
Antée, malgré sa faiblesse, sourit en entendant pour la deuxième fois ce mot doux.
— Ça va, mais j’aurais encore besoin d’une poche, si tu te sens le courage de la changer avant de te rendormir, souffla-t-il.
Theodis attrapa la deuxième poche et l’installa à la place de la première.
Quand les vérifications furent faites, il se pencha sur la bouche d’Antée pour lui donner un doux baiser.
— Rendors-toi. Je vais prévenir que tu es sorti du coma.
Antée opina. Il n’avait pas le pouvoir de faire autre chose.
Theodis réussit, cette fois, à se mettre sur ses jambes tremblantes.
— Theodis à la base, Theodis à…
— Enfin ! entendit-il. Vous êtes là ! Comment allez-vous ?
— Antée vient de se réveiller. Je lui ai posé la seconde poche et il se rendort. Quant à moi, je vais faire pareil. Combien de temps avant notre retour ?
— Une heure trois quart. Nous vous récupérons en bas.
— Vous avez intérêt, soupira Theodis avant de retourner se lover contre son amant.

De leur atterrissage sur terre, ils ne se souvenaient pas de grand-chose. Theodis se revoyait vaguement se faire soulever par des gars en tenue militaire, puis emporter dans un véhicule. Il avait voulu tourner la tête, mais l’homme à côté lui avait ordonné de ne pas bouger.
— Antée ? demanda-t-il seulement.
— Il va bien. Nous le transportons à l’hôpital, là où vous allez.
Il s’était rendormi, rassuré.
En se réveillant, ce qu’il vit fut le plafond blanc, les murs blancs et un énorme bouquet de fleurs posé sur sa table de chevet. Il arracha la perfusion de son bras et chercha Antée avec ses pouvoirs télépathiques. Quand il le repéra, il se rendit compte que le jeune homme le cherchait également, mais qu’il semblait égaré. Il sortit rapidement de la chambre malgré l’arrivée précipitée de l’infirmière, du médecin et de ses parents.
— Retourne te coucher, Theodis ! lui ordonna son père en essayant de le tirer par le bras.  
Il se dégagea d’un mouvement brusque et continua sa route, sondant sans les ouvrir toutes les portes devant lesquelles il passait.
Il en poussa enfin une.
Il ne vit qu’Antée, étendu sur le lit, pâle comme un mort. Il ne fit pas attention à ses parents, ni au général, ni aux siens qui l’avaient suivi. Il déplaça le jeune homme de quelques centimètres et s’allongea près de lui. Antée le sentit, car il se pelotonna dans ses bras sans se réveiller. Mais un sourire sur son visage rassura ses proches et laissa le militaire complètement abasourdi.
Theodis embrassa son front, ses yeux, sa bouche et se rendormit, apaisé.
Il n’entendit pas le général demander aux parents d’Antée de le suivre.
— Vous pourriez me dire ce qu’il se passe ? grommela le militaire bien qu’il n’ait pas vraiment besoin d’un dessin.
— Il semble que ces deux jeunes gens aient développé ce que j’appellerai une relation amoureuse, se moqua légèrement Asrée.
— Cela devait arriver, confirma la mère de Theodis.
— Exactement, ma chère, répondit Asrée. Il va falloir penser à la cérémonie de mariage.
— Justement, je voulais vous en parler. J’ai de très bonnes idées…
Le général les regarda s’éloigner encore plus étonné. Il se tourna alors vers les pères.
— Mais ils ne se connaissent même pas depuis une semaine ! argumenta-t-il.
— Oui, une semaine, un mois, un jour, quelle importance ? Ils sont faits l’un pour l’autre, expliqua le père de Theodis. D’ailleurs, mon cher, continua-t-il en prenant le bras de celui d’Antée, je voulais voir avec vous. J’ai dans ma cave une réserve de vins français dont j’avais fait l’acquisition pour cet événement. J’aimerais que vous…
Ils s’éloignèrent en discutant sans faire plus attention au général qui prit sa casquette et la jeta sur le sol.
— Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ? cria-t-il.
Mais personne ne répondit. 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
v.d prin
Disciple indiscipliné/e


Messages : 37
Date d'inscription : 25/07/2015

MessageSujet: Re: antée et theodis   Sam 25 Juil - 17:30

Chapitre V

À Parisis.

Le retour à la base se fit dans une douce ambiance. Pas complètement remis de ses vicissitudes dans l’espace, Antée se laissa cajoler par ses parents et surtout pas Theodis qui avait vraiment eu peur de le perdre. Les parents de ce dernier devaient repartir en Amazonie deux jours plus tard vers leurs futures, mais improbables découvertes.
Ceux d’Antée auraient préféré qu’il rentre à la maison, mais le jeune homme voulait absolument rester seul avec Theodis. Ce qu’il venait de se passer lui avait fait comprendre que l’idée de Theodis, d’apprendre à se connaître avant de passer à l’acte, était tout à fait ridicule et stupide. Il n’avait pas besoin de plus de temps pour savoir ce qu’il voulait vraiment et surtout pour lui faire confiance.
— Tu avais dit que nous pourrions aller à Parisis, attaqua Antée dès que leurs parents et l’armée qui les avait accompagnés furent partis. Tu es toujours d’accord ?
Installé confortablement dans le canapé, Antée au creux de ses bras, Theodis n’avait pas vraiment envie de bouger.
— Oui, bien sûr. Mais tu dois encore te reposer…
— Je n’ai plus besoin de me reposer ! s’écria Antée. Je veux changer d’air, partir loin et oublier tout ça quelques heures. Tu ne penses pas que nous le méritons ?
— Si, mais le général ne sera peut-être pas tout à fait d’accord pour que…
— Ne va pas me dire que tu as peur d’Hartmond, je ne te croirais pas. C’est toi qui en as parlé en plus, quand nous sommes arrivés.
— Je sais, je sais, essaya de le calmer Theodis. Mais je suis bien ici, avec toi. Nous avons tout le temps de…
Comme un enfant boudeur, Antée s’arracha aux bras qui l’enlaçaient, se leva et le regarda droit dans les yeux.
— Je veux y aller ! grogna-t-il.
Theodis ne put s’empêcher de rire. Il avait déjà senti qu’Antée n’avait pas l’habitude qu’on lui refuse quoi que ce soit, et là, il en avait une preuve éclatante.
— D’accord, mais pas aujourd’hui ni demain. Dans deux jours ! Ça te va ?
Le sourire joyeux de son compagnon lui donna sa réponse. Antée retourna ensuite contre lui et chercha ses lèvres. Theodis lui rendit son baiser, caressant son visage doucement, sensuellement, ne permettant pas à son désir de déborder. Il voulait lui faire comprendre combien il avait eu peur de le perdre là-haut dans l’espace. Antée aurait presque pu ronronner si son corps, jeune et plein d’envie, n’avait pas protesté. Il ne voulait pas de la douceur, mais de l’ardeur, de la passion... du sexe. Il le renversa sur le canapé et l’obligea à entrouvrir ses lèvres en forçant leur barrage avec sa langue. Theodis rendit les armes devant le feu qu’il allumait en lui.
Le baiser se transforma en brasier et il fallut toute la volonté de Theodis pour ne pas se laisser consumer.
— Stop, bébé, stop ! s’écria-t-il. Nous ne pouvons pas faire quoi que ce soit maintenant. Tu es encore affaibli et nous avons dit que nous allions attendre un peu. Je ne veux pas que l’on précipite les choses.
Antée, décidément en désaccord avec lui, essaya de reprendre ses lèvres, mais Theodis se dématérialisa pour réapparaître derrière lui, debout près du sofa. Antée grommela quand il releva sa tête qui s’était écrasée contre le coussin quand son compagnon avait disparu.
— Tu n’es pas marrant ! dit-il en s’asseyant.
— Je suis très drôle, mais là, c’est sûr que tu ne vois pas le comique de la situation. Mais ne t’en fais pas, tu souriras plus tard quand tu y repenseras.
— Je ne suis pas sûr… alors notre voyage à Parisis ?
— Je m’en occupe. Préviens tout de même tes parents. Je ne voudrais pas qu’ils s’inquiètent s’ils se rendent compte que les appels que tu leur passeras proviennent de l’étranger.
— OK ! Et Hartmond ?
— J’en fais mon affaire.

— Comment ça vous partez à Parisis deux jours ! Mais de quel droit vous autorisez-vous ces enfantillages ? Il est hors de question que vous quittiez la base ! Le gouvernement ne vous paie pas pour que vous alliez faire les touristes en France.
— Je vous ferais remarquer, général, que le gouvernement ne nous paie pas pour rester ici !
— Ah… eh… oui, bah ce n’est pas une raison. Des attentats se préparent, les groupuscules terroristes sont de plus en plus audacieux. Vous devez…
— Nous nous en occupons, général. Mais Antée a besoin de se changer les idées... et moi aussi. Et quoi de mieux qu’un séjour à Parisis pour ça !
— Je ne veux rien savoir de vos histoires de… couple, cracha-t-il.
Il poussa un soupir dont Theodis crut percevoir le souffle tant il était puissant.
— D’accord ! Je vous donne deux jours pour vous… évader. Mais soyez rentrés jeudi où je vous fais arrêter pour désertion par l’armée française.
Theodis éclata de rire.
— Général, soyez sérieux. Vous ne pensez quand même pas que qui que ce soit puisse nous arrêter. Et franchement… l’armée française… Bon, je vous recontacte dès que nous rentrons. Et s’il vous plait, évitez de nous appeler ! Antée et moi allons être très occupés pendant ces deux journées, je me demande même si nous arriverons à visiter la capitale.
— Je ne veux rien savoir ! cria le général Hartmond avant de raccrocher violemment.
Toujours en riant, Theodis rejoignit Antée qui se battait contre des extras terrestres devant l’écran de télévision.
— Alors, qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il nous souhaite un bon voyage !


Deux jours plus tard, en début d’après-midi, Antée les fit atterrir sur le toit de l’hôtel que Theodis avait choisi. Ensuite, d’un coup de téléportation, ils se retrouvèrent devant la réception.
L’homme chargé de l’accueil des clients fit un brusque mouvement en arrière en les voyant apparaître devant eux.
— Ah ! cria-t-il avant de les reconnaître. Theo… dis, A… ntée, vous êtes arrivés si soudainement, balbutia l’homme.
— Oui, désolé, Rogere ! s’excusa Theodis après avoir déchiffré le prénom que portait l’homme sur sa veste.
— Roger, é, monsieur.
— Roger, é, d’accord approuva Theodis. J’ai réservé une suite.
— Oui, monsieur Theodis. Et nous sommes enchantés de vous recevoir ici. Vous avez la suite numéro quarante-deux. Monsieur Antée, vous désirez une chambre également ?
Antée, impressionné par le luxe de l’hôtel, se tourna vers Roger, é, en souriant.
— Non, pas besoin. Je loge dans la suite de Theodis.
— Nos chambres n’ont pas le luxe de nos suites, mais je vous assure que vous y serez très bien, continua l’homme. Si nous avions su que vous seriez avec monsieur Theodis, nous vous aurions bien évidemment accordé la suite proche de la sienne. Monsieur Theodis, je dois faire monter votre compagne dès son arrivée ou vous préférez descendre pour l’accueillir ?
— Ma compagne ? s’étonna Theodis.
— Euh… oui monsieur. Vous avez bien réservé pour deux personnes ?
— C’est exact, mais mon invité est déjà là !
— Vraiment ?
Le réceptionniste scruta le hall à la recherche de la jeune femme accompagnant Theodis.
— Je suis là ! ricana Antée en passant sa main devant le visage de l’employé.
— Ah… bien sûr, bien sûr. Euh… une minute s’il vous plait.
Ils le virent prendre un téléphone dans sa poche et parler en gesticulant. Deux minutes plus tard, alors que Theodis commençait franchement à s’impatienter, un homme les aborda.
— Bonjour, leur dit-il. Je suis Louis de Balfond, le directeur de l’hôtel. Il y a un problème ?
Theodis et Antée se regardèrent brièvement.
— Aucun, répondit Theodis. Je voudrais juste récupérer notre clé afin de nous rendre dans notre suite.
— Bien sûr. Vous ne désirez pas que nous donnions une chambre à monsieur Antée ? Je suis tout disposé à vous faire un prix. C’est déjà un grand honneur pour notre établissement de vous recevoir.
— Non… nous ne voulons pas de chambre et pas de prix non plus ! grogna Antée. Mon ami a réservé une suite pour nous deux et à moins qu’ici vous ne pratiquiez la discrimination pour les couples du même sexe, nous aimerions monter ! s’impatienta Antée. Mais sachez que si c’est ça, je sens que les fondations de votre hôtel vont un peu souffrir avant notre départ.
— Doucement, bébé. Pourquoi veux-tu qu’ils ne nous acceptent pas ? essaya de le calmer Theodis en le prenant dans ses bras et en l’embrassant sur le front. Il n’y a aucune raison. N’est-ce pas, monsieur de Balfond ?
— Bien sûr que non, voyons. Je suis… nous sommes surpris, c’est tout. Veuillez me suivre, je vous accompagne moi-même jusqu’à votre suite.
Il leur adressa un grand sourire, fit signe de la main au concierge qui restait bouché bée devant les deux hommes.
— Allez, dépêchons ! l’exorta-t-il. Désolé, leur dit-il encore. Vous savez ce que c’est. Le personnel de nos jours…
— Non, nous ne savons pas ! l’arrêta Theodis.
— Bien sûr, bien sûr ! approuva le directeur un peu mal à l’aise de sa bévue.
La suite qu’il leur alloua était un vrai enchantement. Elle était séparée en deux. Un coin salon avec une immense baie vitrée qui donnait sur les jardins de l’hôtel, et la chambre à coucher dont le lit king size donna envie à Antée de se jeter dessus sans attendre. La salle de bains était quant à elle presque aussi grande que le salon. Une imposante baignoire à remous, une douche italienne, une double vasque, un sauna privé et tout un choix d’accessoires : sèche-cheveux, assortiment de produits de luxe, rasoirs, brosse à dents à ultrasons… tout ce qui se faisait en ce moment et que le commun des mortels ne pouvait s’offrir.
— Tu as fait ça en grand ! s’exclama Antée, enchanté.
— Je veux le meilleur pour toi, bébé ! répondit Theodis en le prenant dans ses bras sans plus s’occuper du directeur et du chasseur qui, après avoir posé le sac qu’ils avaient emporté, s’empressèrent de les laisser seuls.
Enfin ! pensa Antée en se laissant aller.
Il sentit son cœur s’accélérer puis tout le reste de son corps se tendre. Depuis leur vol incroyable de la première fois, jamais ils n’avaient refait quoi que ce soit, à part des baisers plus ou moins enflammés qui le laissaient frustré et excité.
— C’est toi le meilleur pour moi, murmura Antée.
Ils se retrouvèrent alors sur le lit. Avec des gestes précis, Theodis acheva d’exciter son corps en même temps qu’il le déshabillait. C’est sur son sexe en érection qu’il resta le plus longtemps en admiration. Il se pencha et récolta sur sa langue le doux fruit du désir qui s’échappait et qu’Antée ne pouvait absolument pas contrôler. Puis, comme s’il suçait une merveilleuse gourmandise, il fit courir sa langue de bas en haut, s’attardant sur les endroits qui faisaient frémir et gémir son jeune amant. Il le prit ensuite entièrement dans sa bouche et pour rien au monde, il n’aurait pu arrêter. Theodis ne voulait pas qu’Antée vienne trop vite, alors, il le relâcha lorsqu’il le sentit prêt à éjaculer. Il remonta le long de son corps, n’écoutant pas ses cris de protestation. Il s’attarda sur sa poitrine, dont il titilla les petits renflements. Il sourit quand, dans un mouvement complètement inconscient, Antée se souleva et se rabattit sur le lit. Ils entendirent les pieds du lit craquer et, l’instant suivant, ils se retrouvèrent presque au sol.
— Merde ! s’écria Antée. Je crois que…
— Ce n’est pas grave. L’hôtel est assuré, le réconforta Theodis avant de reprendre ses caresses.
Il était hors de question qu’il s’arrête pour une histoire de lit.
Pendant que sa bouche repartait vers le sexe d’Antée, qui avait très légèrement débandé, ses mains n’étaient pas en reste. Elles caressaient, pinçaient de-ci de-là et quand elles descendirent jusqu’à ses fesses, ces dernières se soulevèrent légèrement pour donner à Theodis plus de confort afin de mieux les caresser.
Antée était sur un nuage. Il n’avait jamais imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir Theodis le prendre ainsi dans sa bouche et lui faire ressentir des émotions et un plaisir aussi forts.
Il sentit une vague gigantesque le submerger, quand l’un des doigts de son amant frotta contre son anus. Il ne réussit ni à l’avertir ni à se dégager. Son sperme jaillit dans la gorge de Theodis qui avait très bien vu venir la chose. Il le garda ainsi jusqu’à ce qu’il se calme, que son sexe ramollisse et que ses gémissements de plaisirs se tarissent.
— Tu as aimé ? questionna Theodis en remontant lentement vers son amant.
— Je suis encore sur un petit nuage. Mais et toi ? s’inquiéta Antée.
— Oh, mais moi, je n’ai pas fini, bébé, ricana Theodis.
Il se releva, fouilla dans son sac et en sortit une bouteille de lubrifiant qui amena le rouge aux joues d’Antée.
— Tu sais ce que cela signifie, Antée ? demanda tout de même Theodis, un peu angoissé devant l’air qu’avait pris son amant.
— Oui, répondit le jeune homme un peu timide. Euh… je n’ai jamais…
Theodis se mit à rire, posa la bouteille sur le bord du lit et revint s’allonger près du corps chaud d’Antée.
— Je sais bébé, j’irai doucement. Et si tu ne veux pas, il faut me le dire.
— Si ! Je veux ! s’écria Antée. J’en rêve depuis des années. Mais ça fait mal la première fois et…
— Ne t’inquiète pas. Je vais tellement bien te préparer que tu n’auras absolument pas mal. Enfin… pas trop. Je ne vais pas mettre de préservatif, non plus. Je suis sain…
Le visage d’Antée tourna carrément à l’écarlate.
— Moi aussi… je le suis ! murmura Antée.
— Je le sais aussi, Antée, se moqua un peu Theodis.
Il se pencha sur Antée et son baiser fit oublier au plus jeune homme ce qui l’attendait. De caresses en baisers, de baisers en mots tendres et rassurants, Theodis redonna sa complète vigueur à Antée. Lui-même était à la limite de jouir en le sentant aussi réceptif et aussi impatient.
Heureusement que Theodis avait eu quelques expériences, car il sentit Antée se tendre et se crisper alors que l’un de ses doigts commençait doucement à le pénétrer. Sa bouche vint prendre le relais, faisant sursauter Antée de plaisir.
Toutes ces sensations laissèrent Antée à la merci de son amant. Quand après l’avoir bien étiré, bien préparé, Theodis présenta son sexe, Antée n’eut aucune hésitation. Il passa ses jambes autour de sa taille. Theodis se retint pour ne pas l’empaler d’un coup de reins brutal, comme son corps le lui réclamait. La pénétration fut un peu plus longue que nécessaire, mais il avait tellement à cœur de ne pas le faire souffrir, qu’il préférait que ce soit lui qui pâtisse de ce désir contenu. Quand enfin, il fut complètement en lui, il donna un léger coup de hanches qui fit gémir Antée. Mais son cri ne fut pas de douleur. Les vagues de frissons qui remontèrent jusqu’à son dos n’étaient que celles d’un plaisir inouï. Il souleva alors légèrement ses fesses, donnant ainsi son aval à Theodis pour qu’il commence enfin à bouger vraiment.
Theodis se laissa alors complètement aller. Il pilonna son jeune amant avec dextérité et maestria. Antée n’aurait jamais espéré autant de plaisir. Les mains sur les fesses de Theodis, il l’encourageait à le marteler plus vigoureusement encore. Son sexe pressé entre leurs deux corps, le frôlement sur sa boule de nerfs à presque chaque passage, le fit venir en quelques minutes seulement. Theodis en le sentant se contracter, approcha son visage d’Antée qui releva légèrement le sien et leur baiser, conjugué au tremblement de plaisir d’Antée, envoya Theodis au septième ciel. Il relâcha ses lèvres, et c’est dans un hurlement qu’il se laissa sombrer voluptueusement dans la jouissance.
Quand il se retira et qu’il voulut s’allonger près d’Antée, il poussa un petit cri et éclata de rire. Dans le feu de l’action, Antée les avait fait s’envoler au-dessus du lit, presque à toucher le plafond avec son bouclier qui les protégeait et leur offrait un cocon parfait.
— Redescends-nous, bébé, murmura-t-il à son oreille, avant d’attraper son lobe entre ses lèvres.
— Quoi ? demanda Antée voguant encore sur les vagues de son orgasme.
— Il faut que nous retournions au lit, Antée.
Ce dernier releva la tête et se rendit alors compte de leur situation. Il éclata de rire et tout doucement, il les déposa sur le matelas.
Theodis s’allongea près de celui qu’il considérait maintenant comme sien et l’enlaça. Antée se blottit contre lui, heureux d’avoir enfin jeté sa virginité aux orties, surtout avec celui qui le faisait fantasmer depuis des années. Sans compter que ces fantasmes étaient très en dessous de ce qu’il avait vécu et cela le comblait de bonheur.
— Nous restons au lit toute la journée ? demanda Antée, qui adorait ce programme.
Theodis se souleva et le regarda. Il repoussa amoureusement une mèche de ses cheveux qui tombait devant ses yeux et l’embrassa tendrement.
— Non ! Nous sortons. Nous sommes ici pour découvrir Parisis, la ville des amoureux.
— Nous pouvons visionner des reportages sur elle. Ainsi, quand nous rentrerons, nous en saurons un peu plus, donc pas besoin de bouger de cette chambre, suggéra le jeune homme.
— Non, se mit à rire Theodis. Il faut que tu voies par toi-même les merveilles que recèle cette ville. Allons prendre une douche et ensuite, nous irons sur la tour Eiffel. Impossible de venir à Parisis sans visiter la grande Dame comme ils l’appellent ici.
— Ces Français, grommela Antée, toujours à donner des noms ridicules aux objets. Ce n’est qu’une tour de ferraille, même pas belle.
— Oups, ne leur dis surtout pas ça ! Ils sont très susceptibles. Bougeons-nous !
— Et pour le lit ? s’inquiéta Antée.
— Laisse, ils s’en rendront compte en refaisant la chambre.
— Ils vont nous causer des problèmes ?
— Penses-tu ! Ils vont le changer ou le réparer et ils n’y feront même pas allusion. Ils seront trop heureux ensuite de l’appeler « suite d’Antée et Theodis ». Nous leur faisons une sacrée publicité en venant loger chez eux.  
Ils prirent une douche ensemble et Antée, qui voulait rendre à son amant tous les délicieux moments qu’il lui avait prodigués, se retrouva à genoux sur le carrelage de la salle de bain, le sexe de Theodis dans la bouche. Il suivait les instructions de son amant, mais se rendit vite compte qu’il se débrouillait très bien sans. Theodis également, car il ne tarda pas à déposer les armes, les mains sur les cheveux d’Antée tout en remuant lentement les hanches. Le jeune héros n’eut pas une seule fois l’envie de se retirer quand il sentit le sperme doux et onctueux de Theodis envahir sa gorge. Très content de son pouvoir sur son amant, il ne le relâcha que lorsque ce dernier, les jambes coupées, s’effondra face à lui. Son petit air satisfait fit éclater de rire Theodis.
Ils passèrent le restant de la journée à visiter la capitale française en essayant de passer le plus inaperçu possible. Pour cela, ils avaient décidé de s’habiller comme des touristes lambda, de se coiffer d’une casquette, de paires de lunettes de soleil et ils avaient pris les transports en commun. Main dans la main, ils déambulèrent au milieu des badauds et, même si certains les regardèrent un peu plus attentivement, ils ne furent pas ennuyés une seule fois.
Le dîner romantique dans un restaurant au bord de la seine, avec des musiciens tziganes qui leur chantèrent la sérénade fut le clou de leur journée. Ils retournèrent à leur hôtel en flânant, très conscients de la tension sexuelle qui ne les avait pas quittés durant toutes ces heures et qui se faisait de plus en plus forte. Ils s’engageaient dans l’avenue de leur lieu de résidence, quand des hélicoptères passèrent au-dessus d’eux en déversant un message.
« Antée, Theodis, ici le général Hartmond, vous avez ordre de me contacter…. Tout de suite.
Je répète, Antée et Theodis… »
Les deux jeunes hommes se regardèrent et poussèrent un soupir.
— Nous n’avons pas le choix, j’imagine ? demanda Antée.
— Non, il n’a pas l’air de plaisanter, répondit Theodis. Je nous transporte dans notre suite et nous le contactons. Il a intérêt à avoir une foutue bonne raison pour nous déranger, grommela le héros en attrapant son amant par le bras.
Dans leur chambre, Theodis s’empara de son téléphone, mais il n’eut pas le temps d’appeler qu’il se mettait à sonner. Il le transféra sur l’écran plat et le visage du général apparut.
— Où étiez-vous toute la journée ? hurla Hartmond.
— Nous visitions général, répondit Antée en s’allongeant sur le lit. Et vous, ça va ?
Theodis vint s’asseoir près de lui et attrapa sa main qu’il porta à ses lèvres.
— Non, ça ne va pas. Et cessez vos… quel besoin avais-je de vous faire vous rencontrer ? Mais j’y pense, c’est vous Theodis qui m’avez signalé en premier qu’Antée était celui qu’il vous fallait pour mettre fin aux exactions du professeur Blascher et de Jonas Peterson. Vous m’avez manipulé ! s’écria-t-il.
— Je ne vous ai pas forcé la main non plus. C’est pour nous dire ça que vous nous avez appelés, parce que là, nous allions nous coucher !
— Il n’est même pas vingt-trois heures !
— Je n’ai pas parlé de dormir, général.
Ils l’entendirent grogner et virent son visage devenir rubicond.
— Je ne veux rien savoir ! Le président français et son premier ministre viennent d’être pris en otage à l’Élysée. D’après nos sources, dix personnes se sont introduites dans le palais en tuant ceux qui voulaient les défendre. Nous savons également que la femme du président, Hélène Godard est certainement impliquée dans ce forfait.
— Sa femme ?
— Oui ! Je vous fais un topo. Vous êtes attentifs ?
Theodis s’allongea à son tour, cala son dos sur la tête de lit et Antée vint poser la sienne sur son torse, les bras de Theodis l’entourant.  
— C’est bon, général, allez-y !
— Heureux de voir que vous êtes bien installés, soupira Hartmond. Alors, il y a deux ans, en raison des troubles mentaux avec forte tendance suicidaire et un important risque de passage à l’acte, Damien Godard voulait faire interner sa femme en soins psychiatriques, sans son consentement. Pendant son transfert dans une clinique privée, elle a été enlevée par un groupe terroriste. Nous ne l’avons retrouvée que…
— Vous, général ?
— Oui, le président Godard était persuadé que l’ordre de l’enlever venait de Jonas Peterson et il nous a tout de suite mis au courant.
— Pourquoi ? demanda Antée en se redressant.
— Il y a trois ans, il a refusé que Peterson importe des marchandises trafiquées en France : produits de beauté pour hommes et femmes, nourriture avariée pour animaux… enfin, vous voyez le topo. Le refus qu’il a opposé à Peterson lui a fait perdre les élections législatives et il a été obligé de prendre un premier ministre dans la nouvelle majorité.
— Comment peut-il savoir que l’industriel lui a fait perdre les élections ?
— Tout simplement parce qu’il lui a dit. Sur un message qu’il lui a laissé, Peterson le menace, sans vraiment employer des termes qui nous auraient permis de l’arrêter, de destitution. Il s’est montré habile, tout est dans la nuance.
— Comment a-t-il fait ? s’étonna Theodis.
— Propagandes de dénigrement, faux rapports de compte… Peterson a le bras long. Enfin bref, le nouveau premier ministre Manuel Roblès est apparu dans le paysage. Il avait trente-huit ans et…
— Il était de mèche avec Peterson ? demanda Theodis.
— Non, pas à notre connaissance. Donc je continue : les deux hommes font contre mauvaise fortune bon cœur et travaillent ensemble et contre toute attente s’entendent même pour que jamais Peterson ne puisse importer ses produits sur le territoire. Mais voilà, la femme de Godard devient folle et a besoin d’un internement. L’homme d’affaires a vu là l’opportunité d’avoir la première dame sous sa coupe grâce à notre inestimable docteur Blascher. J’imagine qu’ils lui ont fait un lavage de cerveau et comme elle était remontée contre son mari…
— Pourquoi ? Le couple ne s’entendait plus ?
Le militaire toussota.
— Ce que je vais vous révéler doit rester confidentiel, messieurs, nous sommes bien d’accord,
— Mais oui, général, approuva Antée en se blottissant de nouveau contre Theodis.
— Il semble qu’elle ait surpris son cher et tendre époux dans une situation sans équivoque avec… son premier ministre.
Pour la peine, les deux hommes se redressèrent en même temps.
— Vous voulez dire que…, demanda Antée.
— Oui, messieurs. Godard et Roblès ont une relation comme… vous deux.
— Incroyable ! s’exclama Theodis. Mais personne ne le sait !
— Non, bien sûr, ils ne vont pas le crier sur les toits. La femme de Godard est réapparue trois mois après son enlèvement. Elle a suivi une psychothérapie qui l’a bien aidée et elle a repris sa place auprès de son mari. Enfin, pas tout à fait d’ailleurs. Ils ont divorcé et ont réussi à garder cette information secrète. Ils fonctionnaient donc comme le couple que tout le monde pense qu’ils forment, alors que tous les soirs Godard et Roblès se retrouvaient. Le premier ministre a acheté un appartement dans le même immeuble que son amant présidentiel et, ni vus ni connus, ils vivaient ensemble et personne ne pouvait découvrir le pot aux roses. La femme de Godard restait bien évidemment dans celui qu’elle partageait avec son mari.
— En fait, elle était un agent dormant de Peterson ?
— Tout à fait, Theodis. Elle a voulu travailler avec son mari et comme elle semblait guérie, il n’avait aucune raison de se méfier de sa femme, même si leurs rapports n’étaient pas au beau fixe. Elle s’occupait de son secrétariat et…
— Avait donc des informations de première main qu’elle partageait avec Peterson.
— Eh oui ! Qui aurait été se défier de la première dame, dites-moi ? Il y a trois mois, Godard a signé avec le principal concurrent de Peterson un gros contrat portant sur l’achat de matériel industriel, de produits de première nécessité et…
— Peterson a décidé de se venger et, avec ce que la femme du président lui a révélé, c’était du tout cuit ! finit Antée à sa place.  
— Encore une fois, bien vu ! Il savait quand, et comment entrer à l’Élysée, le nombre d’hommes pour garder le palais…
— Un jeu d’enfant pour des types bien entraînés.
— Exactement, approuva Hartmond.
— Et vous voulez que nous intervenions ce soir, évidemment, râla Antée.
— Bien sûr ! Peterson pense que vous êtes encore dans le désert, sur la base.
— Il le sait ? s’étonna Theodis.
— Nous avons une taupe dans notre service, à la botte de Peterson.
— Mais éliminez là ! s’indigna Antée.
— Non, Antée. Nous avons son identité, et nous contrôlons les informations que nous lui donnons. Si nous devions l’éliminer, comme vous dites, Peterson trouverait quelqu’un d’autre. Le temps de le débusquer, des informations importantes pourraient être divulguées. Il vaut mieux connaître son ennemi et le garder à l’œil.
— Ah, pas bête ! approuva Antée. Je suis admiratif. Bravo, général.
— Merci, Antée, mais comme je vous l’ai déjà fait savoir, si je suis général cinq étoiles, c’est pour une bonne raison. Bien, vous y allez ! Je veux que le président et le premier ministre soient sortis dans une heure. Ils sont attendus demain matin à Oslo pour une réunion de chefs d’État.  
— On y va, soufflèrent en chœur les deux héros.
— Parfait ! s’écria le général en se frottant les mains. Amusez-vous bien !
Il disparut de l’écran.
— Il ne nous fichera jamais la paix, grogna Antée qui voyait ses projets sensuels reportés à plus tard.
— Il est général cinq étoiles…, répondit Theodis en riant doucement. Allez viens, bébé, plus vite cette affaire sera réglée, plus vite nous retournerons au lit.
Ils regardèrent les plans du palais de l’Élysée qu’Hartmond leur avait fait parvenir et après avoir revêtu leurs combinaisons de « travail », Theodis les téléporta dans les toilettes du personnel du palais.
— Nous devons agir en synchronisation, Antée. J’y vais en premier. Il faut que tu arrives à me suivre par la pensée comme lors de nos entraînements. Il y a dix mecs à abattre. Aucun ne doit pouvoir prévenir les autres sinon, c’est la mort assurée du président et de son ministre. D’après les photos infrarouges du général, trois sont dans le bureau de la secrétaire à côté de celui du président, où ils sont enfermés. Nous les éliminerons en dernier. Il faut tuer déjà les trois gars qui sont dans l’entrée, puis les trois qui sont au premier étage et enfin le dernier qui est devant la porte. Je me téléporte dans le hall et toi tu t’occupes de ceux à l’étage. Dès que je te donne le signal, couic, tu les neutralises. C’est bon ?
— Oui, oui, j’ai tout suivi ! approuva Antée en hochant la tête. Nous nous retrouvons devant le bureau de la secrétaire. Le premier élimine celui qui le garde, ensuite tu nous téléportes à l’intérieur et couic, nous sommes les plus forts !
Theodis ne put s’empêcher de rire. Il embrassa Antée rapidement et disparut. Antée sortit des toilettes le plus silencieusement possible, tout en suivant l’avancée de Theodis. En volant à quelques centimètres du sol, il arriva au premier étage. Les hommes étaient à quelques mètres de lui, sur sa gauche. Il attendit en embuscade dans l’escalier que Theodis lui donne le signal pour agir.
Pendant ce temps, Theodis était arrivé devant les trois types dans le hall et fit une grimace quand il vit les corps de quatre soldats qui gisaient à terre. Les trois hommes armés discutaient tranquillement comme s’ils ne venaient pas de tuer froidement quatre personnes et sûrement beaucoup d’autres sur leur passage.  
— Nous en avons encore pour longtemps ? demanda l’un d’eux.
— Plus très non, répondit un compère. Le patron veut que nous les abattions dans une heure.
— Pourquoi pas maintenant ?
— J’n’en sais rien, et je ne pose pas de question. Il a dit minuit, ça sera minuit !
— Ouah, mais il n’a pas peur que quelqu’un entre ? Et si Theodis arrivait ?
— Il fait la nounou à l’autre bouffon d’Antée. Il paraît qu’il doit tout lui apprendre et qu’ils ne s’entendent pas du tout. Avec des super-héros pareils, nous sommes tranquilles pour des années.
— Moi, je ne dirais pas ça, souligna le troisième larron. Quand ils interviennent, ils ne font pas de cadeaux. Surtout Antée. C’est un p’tit con, ce mec.
— Oui, bah pour le moment, il est coincé avec ce don Juan de Theodis. Et l’autre doit ronger son frein…
Theodis en avait assez entendu. Il envoya un message télépathique à Antée et il attaqua. En mode furtif, il tua en premier celui qui venait de traiter Antée de petit con. D’un coup, il lui brisa la nuque. Ses comparses, en le voyant s’effondrer, se rapprochèrent rapidement, mais n’eurent pas le temps de comprendre. L’un après l’autre, ils furent neutralisés en quelques instants.
Antée de son côté avait surgi à la vitesse de l’éclair dans le couloir, empêchant les hommes de réagir pour prévenir leurs collègues à l’étage au-dessus. Il les tua en attrapant leur tête et en lui faisant faire un tour à quatre-vingt-dix degrés.
Il terminait le troisième, quand Theodis apparut près de lui.
— Besoin d’aide, bébé ? se moqua-t-il en voyant Antée faire une grimace en entendant le craquement caractéristique de la colonne vertébrale qui se brise.
— Non, ça va. Il avait la tête dure celui-là. On continue !
Ils furent devant le bureau de la secrétaire en quelques secondes. L’homme qui gardait la porte n’eut même pas le temps de comprendre qu’il venait de vivre ses derniers instants.
— Allez plus que trois ! s’exclama Antée.
Quand l’un des hommes les vit apparaître devant eux, son premier réflexe fut de prendre son arme et de tirer. Malheureusement pour lui, il dirigea la balle sur Antée et elle se fracassa sur son torse. Ce dernier avait horreur qu’on lui tire dessus. Non seulement les balles ne pouvaient pas pénétrer dans son corps et ça, tout le monde le savait — mais ces cons essayaient tout de même — de plus, elles faisaient toujours une déchirure à sa combinaison. Et là, il vit rouge.
Il en avait marre de ces mecs qui se croyaient tout permis, même d’interrompre son séjour en amoureux avec Theodis. Il foudroya l’homme du regard et le truand sentit que sa dernière heure était arrivée.
— Tu veux mourir comment ? Étranglé, éviscéré, perforé avec ton propre flingue, jeté par la fenêtre ?
— Arrête de jouer avec lui, Antée, le gronda Theodis, j’ai fini moi.
Antée se tourna rapidement vers lui et constata qu’effectivement les deux autres étaient déjà morts.
— Il a fait un trou mes fringues ! expliqua Antée.
— Je vois ça ! sourit Theodis. Tu veux que je m’en occupe ?
— Tu sais coudre ?
Theodis leva les yeux au ciel et éclata de rire.
— Je parlais de finir ce type ?
— Non, je vais le faire, mais ne devrions-nous pas en garder un vivant pour le général ?
— Tu n’as pas tort !
Theodis s’approcha du dernier survivant et lui donna un coup de poing qui le mit KO.
— Au pire, si Hartmond n’en veut pas, il s’en occupera ! conclut Antée.
— Bon, tu appelles le général et je vais voir le président.
Il disparut, mais fut de retour aussitôt.
— Qu’est-ce que tu as ? demanda Antée, surpris.
— Ils sont occupés !
— Hein ?
— Ils devaient penser que leur dernière heure était arrivée et ils doivent se dire adieu, en quelque sorte.
— Ils sont en train de baiser ?
— Eh oui.
— Putain, ils sont gonflés, râla Antée. Moi aussi, j’aimerais aller dans notre chambre pour faire la même chose !
Theodis ricana et appela lui-même le général pendant qu’Antée collait son oreille contre la porte de séparation.
— Ouah, ils sont chauds ! Mais je n’arrive pas à savoir qui prend qui, ils ne font que gémir. Tu as vu, Theodis ?
— Non, Antée, je ne me suis pas attardé. Rentrons, Hartmond arrive.
— Nous ne devrions pas les prévenir ? demanda Antée qui avait une folle envie d’entrer dans le bureau.
— Non, bébé. D’ici à ce que le général soit là, ils auront sûrement terminé. Allez, nous avons fait notre job, maintenant j’ai besoin de me défouler.

Et ils se défoulèrent tant, qu’après leur départ, l’hôtel fut obligé de fermer trois mois pour cause de fissures sur la façade et pour vérifier la solidité des fondations.




Chapitre VI

Antée et Theodis : réunion de famille.

Leur séjour à Parisis terminé, ils rentrèrent à la base comme cela avait été prévu avec Hartmond.
Ils avaient reçu un message de remerciement de la part du président français et de son premier ministre. D’ailleurs là-bas les choses avaient bien bougé. La femme de Bogart avait été accusée de haute trahison et emprisonnée en attendant son procès. Mais la guêpe, pas folle, avait prévu ses arrières et avant que l’on vienne l’arrêter, elle avait donné une conférence de presse le soir même de la prise d’otage pour expliquer ses actions. Le président et le ministre avaient été obligés de révéler leur relation. Pour le moment, ils assuraient leur fonction normalement et attendaient de voir la réaction des Français. Selon un sondage, la grande majorité de leurs concitoyens leur souhaitaient tout le bonheur du monde tant qu’ils continuaient à faire leur travail comme avant.
Les parents d’Antée, après avoir sympathisé avec ceux de Theodis, décidèrent de les suivre dans leur périple « Amazonéodien ». Antée avait éclaté de rire en apprenant leur voyage. Son père et sa mère n’étaient pas ce que l’on appelait des aventuriers et les imaginer dans la jungle était du plus haut comique. Asrée devait pousser des cris à chaque fois qu’un insecte venait la frôler et Clarence, râler contre le manque de confort. Surtout les toilettes. Il pouvait y passer des heures avec un bon bouquin.
Theodis et Antée n’avaient plus besoin d’entraînements, mais ne l’auraient jamais avoué. S’ils restaient encore sur la base, c’était pour avoir la paix. Ils savaient que, dès leur retour dans le monde, ils devaient reprendre leur vie, là où ils l’avaient laissée. Le général prenait de leur nouvelle tous les jours, mais cela ne les dérangeait pas tant qu’il ne venait pas s’inviter à leurs petites vacances.
— Tu es sûr, Theodis ?
— Oui, gémit l’intéressé, j’en suis certain. Viens !
— J’ai peur de te faire mal. Je connais ma force. Et si je n’arrive pas à me retenir ?
Theodis prit le visage d’Antée entre ses mains et le rapprocha du sien.
— Je ne suis pas fragile et je suis persuadé que tu feras attention. J’ai confiance en toi ! Viens maintenant, bébé. Je suis prêt !
Antée, excité, mais également inquiet, aligna son sexe devant l’entrée étroite de Theodis. D’un coup de reins puissants, il s’infiltra dans son amant en gémissant. Ce dernier haussa les fesses pour l’aider et ne put s’empêcher de grimacer en le sentant le remplir. Il avait déjà partagé ça avec quelques hommes et ils étaient beaucoup moins bien dotés que ne l’était Antée.
Ce dernier le laissa s’habituer, un peu jaloux en repensant qu’il n’était pas le premier à le prendre ainsi. Même si Theodis lui avait expliqué son désir d’avoir un maximum de connaissances en matière de relation homosexuelle afin d’être complètement à l’aise avec lui, cela n’empêchait pas Antée de lui en vouloir un peu. Après tout, lui était vierge. Enfin en même temps, il n’avait jamais osé essayer avec qui que ce soit, tant il avait peur de sa force.
***

Theodis avait une méthode infaillible pour le calmer. Quand il sentait qu’Antée ne se retenait plus, il se téléportait et le laissait dans des situations pénibles.
Un matin qu’il chevauchait Theodis, montant et descendant sur son sexe de plus en plus vite, il se retrouva le cul vide, et plus personne sous lui. Theodis s’était téléporté à quelques mètres du lit.
— Mais…
— Tu y vas trop fort, Antée. Tu as failli m’arracher la queue ! avait expliqué Theodis en montrant son sexe débandé, violet et boursouflé.
— Oh… je suis désolé, je…
— Ça n’est pas grave, nous apprenons tous les deux. Mais là, je ne peux pas recommencer. J’ai besoin d’eau fraîche.
Il avait disparu dans la salle de bain et Antée l’avait entendu pousser un soupir de soulagement au moment où il se douchait. Heureusement, Theodis avait une constitution qui lui permettait de se remettre rapidement. Le soir même, c’est lui qui prenait les rênes de leur étreinte, en le faisant mettre à quatre pattes.
Une autre fois dans les airs, Antée avait décidé qu’il voulait faire l’amour. Il avait passé ses jambes autour de la taille de Theodis et ce dernier le pilonnait avec vigueur. Ils étaient à cent mètres d’altitude et le bouclier d’Antée les protégeait. Mais pour le jeune héros, le plaisir qu’il avait de voler et celui que son amant lui prodiguait, lui firent perdre la raison.
Il en voulait plus et comme cette autre fois, Theodis avait senti qu’il ne se retenait pas. Son corps devenait douloureux, son sexe était comprimé et les mouvements de plus en plus violents d’Antée lui faisaient mal. Il n’avait pas eu d’autre choix que de le laisser. Il s’était dématérialisé directement à la base, et il avait même cru un moment que son gland était resté dans son amant.
Antée était revenu quelques secondes plus tard, la queue entre les jambes et sur son visage toute la misère du monde.  
— Je suis… navré… Theodis.
— Je m’en doute, ironisa ce dernier, tu allais presque jouir.
— Tu as mal ?
— Ça va mieux, mais j’aimerais tout de même que tu essaies de te retenir un peu. J’arrive à supporter beaucoup de choses, et j’apprécie plutôt quand c’est violent, mais je n’ai pas ta force et tu devrais y réfléchir, sinon, je serais obligé de t’attacher.
Le sourire d’Antée fit comprendre à Theodis qu’il ne serait pas contre un petit bondage si l’envie lui en prenait.
— Je pourrais me défaire de mes liens facilement, observa Antée.
— Certes, mais en le faisant, tu penserais à moi obligatoirement et tu te calmerais.
— Ah… oui.
Après cet épisode, Antée avait su se contenir sa puissance et cela n’avait pas l’air de le déranger.
***
Antée commença à bouger doucement, et quand il entendit le cri de plaisir que poussa Theodis, il augmenta la cadence. Pour les deux hommes, c’était un acte d’amour, mais surtout une façon pour Theodis de montrer à quel point il avait confiance en son amant. Antée pouvait, d’un coup de reins plus violents qu’un autre, lui transpercer les intestins et le laisser exsangue.
Antée en avait conscience, et c’est avec une pression incroyable, qu’il avait accédé à la demande de Theodis de le prendre. Toutes ses appréhensions s’envolèrent quand il se rendit compte, qu’instinctivement, son corps s’adaptait parfaitement à celui de Theodis et que jamais, il ne pourrait lui faire mal au point de le tuer.
Dans un bel ensemble, ils atteignirent rapidement l’apothéose. Antée fut le premier à jouir. Quand Theodis sentit son sperme jaillir en lui, il se laissa lui aussi aller à l’extase.
Pour l’un comme pour l’autre, une nouvelle voie s’ouvrait devant eux. Parce qu’au-delà de l’aspect physique de leur relation, c’était la confiance, l’amour qu’ils venaient de se prouver.

Après ce moment mémorable et à presque quinze heures, ils se préparaient un encas dans la cuisine, quand ils entendirent les hélicoptères approcher.
— Mais ce n’est pas vrai, soupira Antée. Encore le général.
Ils n’eurent que le temps de s’habiller avant qu’Hartmond déboule sans même frapper.
— Antée, Theodis, j’ai une mauvaise nouvelle. Vos parents ont disparu depuis deux jours !
Les deux hommes se regardèrent, surpris.
— Général, ils n’ont pas disparu, ils sont en…
— Je sais où ils sont, Theodis. Je savais où ils étaient il y a un jour, mais nous les avons perdus !
— C’est quoi cette histoire ? s’écria Antée en attrapant son téléphone.
Il fit le numéro de sa mère, puis celui de son père et à chaque fois, il tomba sur la messagerie. Theodis en fit autant et lui non plus ne put contacter les siens.
— Comment savez-vous qu’ils ont disparu, général ? Ils n’ont peut-être pas eu la possibilité de recharger leur téléphone.
— Impossible, Theodis. Nous les avons obligés à prendre des appareils satellitaires qui ont une capacité de charge de trois mois. De plus, nous leur avons fourni des montres dans lesquelles nous avons intégré des traceurs GPS. Personne, je dis bien personne, n’est au courant de ça, à part notre président, la personne qui a installé les puces, — et en qui j’ai toute confiance, — et moi-même. Ces puces ont cessé d’émettre il y a exactement douze heures.
— Ce n’est pas un peu tôt pour dire qu’ils ont disparu ? Et pourquoi les faire suivre ? demanda Theodis.
— Douze heures, Theodis, c’est beaucoup trop long, surtout pour des personnes aussi importantes que vos parents. Nous les faisons suivre depuis que Peterson menace régulièrement la sûreté de l’état. Nous sommes persuadés qu’un jour, il pourrait s’en prendre à des êtres qui vous sont chers pour vous déstabiliser. Mais dans ce cas, nous sommes persuadés qu’il n’y est pour rien. Ne me demandez pas pourquoi, secret défense !
— Donc, vous êtes certain qu’ils ont disparu ?
— Oui, Antée, nous en sommes sûrs ! Ils se trouvaient en plein cœur de la forêt quand nous les avons perdus. Vous devez vous rendre sur place et essayer de les retrouver. L’armée ne peut pas se déplacer dans cette région. Nous n’y sommes pas très bien vus et il ne faudrait pas que vos parents aient à pâtir de nos divergences avec la population locale.
— Vous pensez qu’ils ont été enlevés ? demanda Antée, inquiet de savoir ses parents entre les mains d’hommes qui pourraient leur faire du mal.
— Je ne sais vraiment pas, Antée. Tout ça me semble un peu bizarre. Je vous envoie leurs dernières coordonnées ainsi vous saurez où commencer à chercher. Je veux un rapport toutes les trois heures.
— OK, nous partons tout de suite, les interrompit Theodis. Viens, Antée, allons nous changer. Général, nous vous confions la base.

Une heure plus tard, Antée les faisait atterrir au cœur de la forêt, là où leurs parents avaient été localisés juste avant leur disparition. Ils étaient dans une sorte de clairière, les rayons du soleil passaient à peine la canopée et la chaleur et l’humidité régnaient en maître. Ils trouvèrent rapidement deux sacs, appartenant aux parents de Theodis, ainsi que les quatre téléphones rangés dans l’un d’eux. Ils repérèrent également des traces de pas. Des dizaines et des dizaines d’empreintes qui convergeaient toutes vers le sud.
— Regarde, Antée, comme leurs pieds sont petits, fit observer Theodis à son amant. Là, tu as ceux de nos parents, et autour ceux de leurs visiteurs.
— Je croyais que les Indiens n’étaient pas dangereux, fit remarquer Antée.
— Ceux que nous connaissons, et qui sont maintenant « civilisés », non. ! Mes parents étaient persuadés de trouver des terres encore vierges et, peut-être également, des populations non référencées.
— Tu y crois ? demanda Antée.
— Je pensais que c’était une utopie, mais là, j’ai comme un doute. Suivons les traces pour voir où elles nous emmènent.
Parce qu’il leur était impossible de suivre leurs pistes en survolant la forêt, nos deux super-héros durent faire le chemin à pied.
Ils marchèrent pendant trois heures sans s’arrêter, regrettant leur petite promenade dans les rues de Parisis. Ils avaient pris les sacs abandonnés et heureusement pour eux, ils contenaient de l’eau et de la nourriture déshydratée. Ils bivouaquèrent près d’une rivière quand la nuit tomba. Après avoir fait un feu, ils mangèrent ce qu’il y avait dans les sacs et se couchèrent l’un contre l’autre. Antée déploya son bouclier afin de les protéger du froid et des animaux de la jungle.
— Tu as déjà dormi comme ça, à la belle étoile ? demanda Antée, blotti contre le torse de Theodis.
— Jamais. J’ai horreur de tout ce qui est camping et grillade de chamallow. Je ne suis bien que couché dans un bon lit, avec un toit sur ma tête. Heureusement que tu nous protèges, parce que sinon, je ne suis pas certain que je serais resté là. Je me serais téléporté jusqu’à un hôtel cinq étoiles et j’aurais attendu le matin pour repartir à leur recherche.
— Tu peux te permettre de loger dans un hôtel cinq étoiles ? s’étonna Antée. Je sais que celui de Parisis en était un, mais je ne pensais pas que tu pouvais faire ça souvent.
— Bien sûr. Le gouvernement est très généreux, non ?
— Oui, mais pas plus que ça.
Theodis l’obligea à se retourner.
— Combien es-tu payé pour tes interventions ?
— La plus grosse somme que j’ai touchée, c’est dix mille dollars pour avoir évité à un camion rempli d’essence de se précipiter sur une école un jour d’école. Même quand j’ai arrêté ce train, la première fois que tu m’as vu, ils ne m’ont donné que trois mille dollars.
— Tu rigoles ? s’écria Theodis.
— Pas du tout ! Une petite intervention, comme empêcher un hold-up me rapporte cinq cents dollars.
— Seigneur ! Ils se foutent bien de ta gueule.
— Tu gagnes plus ?
— Dix fois plus, bébé.
— Quoi ? s’indigna Antée.
— Eh oui, je crois que le gouvernement a sauté sur l’occasion que nous ne nous parlions pas pour te rouler dans la farine, Antée. Mais ne t’inquiète pas, nous nous en occuperons quand nous allons rentrer.
— Ils sont dégueulasses quand même. En plus, ils nous demandent un loyer pour le logement qu’ils nous ont trouvé avec mes parents. J’ai besoin d’une zone d’atterrissage quand je reviens de mes sorties et surtout un endroit où je suis certain de ne pas y rencontrer des fans en délire avec des pancartes pour me souhaiter la bienvenue.
— Ça t’est déjà arrivé ?
— Oh oui ! Les filles se jetaient sur moi presque à moitié nues. Je ne savais plus quoi faire. Nous habitions alors dans un immeuble et le seul emplacement où je pouvais me poser était le parking. Nous n’avons jamais été très riches et avant que je ne me décide à travailler pour eux, ils ne nous ont jamais aidés. Quelles bandes de rats, quand même ! s’énerva Antée.
Theodis le serra contre lui et le baiser qu’il lui donna le calma… un peu.
— Nous nous occuperons de ça quand nous rentrerons avec nos parents, ne t’en fais pas, le rassura-t-il.
— Oui, tu as raison. Le plus important dans l’immédiat, ce sont eux. J’ai peur de…
— Ils sont vivants, ne t’inquiète pas. Je le sens. Mais je n’ai pas un excellent pressentiment à leur sujet alors nous devons les retrouver vite et les ramener en sécurité à la maison. Il faut dormir, j’ai l’impression que demain nous allons encore beaucoup marcher.
— Oui, approuva Antée en se retournant pour reprendre sa position initiale. Bonne nuit, Theodis.
Ce dernier l’embrassa dans les cheveux.
— À demain, bébé.
Antée s’endormit en souriant, malgré l’inquiétude qu’il avait pour ses parents et ceux de son amant.
Theodis eut plus de mal. Son pressentiment se faisait plus urgent au fil des heures qui passaient. Il savait qu’il devait absolument les retrouver, et vite !
Ils reprirent la route alors que le soleil essayait d’émerger au travers des branchages. Ils avaient eu en guise de radio réveil, le cri des singes, celui des oiseaux et le sifflement très proche d’un serpent. Ils n’avaient pas essayé de repérer ce dernier et avaient plié bagage rapidement. Ils avaient eu peur que la pluie de la nuit efface les traces, mais elles étaient très nombreuses et même s’ils en trouvèrent moins que la veille, ils purent à nouveau les suivre.
Ils marchaient dans la fournaise humide de la jungle depuis une bonne heure, en se demandant quand ils allaient enfin avoir du concret, lorsque Antée perçut des chants au loin.
Pour s’approcher le plus silencieusement possible, Antée attrapa Theodis dans ses bras et s’envola à quelques centimètres du sol. Ils s’arrêtèrent, stupéfiés de ce qu’ils découvrirent un peu plus loin. D’ailleurs, trop à découvert, Antée se dépêcha de les emporter jusqu’à la cime d’un arbre. Devant eux, sur environ un kilomètre, s’étendait un village. Mais pas n’importe quel village. Les maisons, parce qu’il s’agissait de maisons et non de cahutes, étaient toutes en pierre et les toits les laissaient bouche bée. Parce qu’ils n’étaient pas en tuiles, ou en ardoises, mais en or qui scintillait au soleil, leur faisant mal aux yeux.  
Antée fut le premier à les voir. Il tendit la main et pointa quelque chose du doigt. Theodis le suivit et découvrit ses parents et ceux de son amant, assis sur des tabourets, les uns à côté des autres. Ils étaient installés sur une estrade sur la place du village. Ils ne semblaient pas entravés, mais n’avaient pas non plus l’air très rassurés. Un homme, petit et halé, presque nu, tournait autour d’eux en haranguant la foule pressée devant eux. Ils avaient tous la même morphologie et ils étaient tous vêtus comme celui qui devait être leur chef. Un simple cache-sexe et aucun autre vêtement. Les femmes avaient en plus dans les cheveux de grandes plumes que nos deux super-héros reconnurent comme celles devant provenir des magnifiques perroquets qui les avaient réveillés le matin même avec leurs cacophonies.  
— Que fait-on ? demanda Antée.
— Je vais me téléporter jusqu’à eux, en me rendant invisible. Attends-moi !
Theodis arriva juste à côté de sa mère. Le petit homme noir gesticulait toujours devant eux et Theodis ne comprit rien à son charabia.
— Maman, papa, murmura-t-il. Nous sommes là.
Ses parents n’essayèrent même pas de le chercher des yeux.
— Vous êtes en danger ? continua-t-il.
Asrée et Clarence tournèrent brièvement leur visage dans sa direction, mais reportèrent rapidement leur regard sur la foule.
— D’après ce que j’ai saisi, chuchota sa mère entre ses dents, ils nous prennent pour des demi-dieux.
— Pourquoi ? s’étonna Theodis.
— Quatre jeunes gens de la tribu nous suivaient depuis un moment, et ils nous ont vus faire du feu en utilisant juste un briquet et nous préparer un repas avec les sachets déshydratés. Quand ils ont remarqué que la poudre que l’on mettait dans l’eau chaude se transformait en vraie nourriture — c’était du bourguignon —, ils sont allés chercher les autres.
— Tu comprends ce qu’ils racontent ?
— À moitié, Theo. Ils parlent un dialecte que j’ai très peu étudié, car tout le monde pensait qu’il avait disparu. Ils pourraient être des Pankaru, mais leur constitution est plus fragile. Celui qui n’arrête pas de parler est leur chef. Il dit que nous devons être donnés aux dieux.
— Donné... c’est-à-dire ?
— C’est là que je ne comprends pas. Je n’arrive pas à savoir s’ils veulent nous garder ici pour nous honorer ou pour nous sacrifier.  
— De toute manière, nous n’attendrons pas pour le savoir. Nous allons vous ramener à la maison. Asrée, Clarence vous allez bien ? demanda-t-il toujours d’une voix basse en les approchant.
— Oui, merci, Theodis, mais nous sommes heureux de vous voir. Nous n’avons pas été mal-traités. Antée est…
— Il est avec moi. Dès que je lui fais signe, il intervient. Maman, papa, je vais vous téléporter un peu plus loin dans la forêt. Pendant ce temps, Antée ramènera ses parents chez eux. Ensuite, il reviendra nous chercher. Nous devrons nous montrer prudents le temps qu’Antée vous emporte à votre tour.
— Il va se fatiguer… murmura sa mère.
— Ça ne sera pas pire que dans l’espace, Asrée, la rassura Theodis. Ne vous en faites pas, je lui ferai un bon sandwich dès que nous serons rentrés et en sécurité. Je le rejoins, attendez-nous…
— Le chef vient de dire à ses hommes de préparer leurs sarbacanes et de…
— Oups ! fit Theodis en les voyant se réunir sur une seule rangée, face à eux, et porter leurs engins à leur bouche.
Il se matérialisa, espérant les surprendre assez pour les arrêter.
— Antée, maintenant, vite ! hurla-t-il alors qu’un grand cri d’incrédulité sortait de la foule.
Antée arriva tout de suite et se posa juste entre son père et sa mère.
— Emmène tes parents loin et reviens nous chercher là où nous étions cette nuit, le pressa Theodis avant de saisir la main des siens et de disparaître avec eux.
La stupéfaction de la population commençait à refluer et Antée vit les hommes porter leurs sarbacanes à leur bouche alors que leur chef les haranguait. Il eut juste le temps de s’envoler en tenant son père et sa mère contre ses flancs. Ils avaient à peine décollé qu’une vingtaine de petites fléchettes se figèrent dans les fauteuils qu’ils venaient de quitter.
Il lui fallut vingt minutes pour faire l’aller-retour de l’appartement à la clairière. Il retrouva Theodis et ses parents qui l’attendaient avec impatience. Ils ne risquaient rien pour le moment, mais ils entendaient au loin, les cris des indigènes se rapprocher dangereusement.
— Theodis, ça va aller pour sortir d’ici ? demanda Antée, inquiet alors, qu’il prenait les parents de son amant contre lui.
— Oui, pas d’inquiétude. Je vais faire des sauts. Je serais moins rapide que toi, mais je devrai être chez toi dans une vingtaine de minutes. Allez-y !
Antée s’envola avec son précieux chargement non sans avoir vu Theodis disparaître.
Ils atterrirent sur le toit de l’immeuble. Le père et la mère de Theodis eurent du mal à retrouver leur équilibre après ce vol qui n’avait pourtant pas duré très longtemps, mais dont la vitesse leur avait fait tourner la tête. Ils rejoignirent Asrée et Clarence. Cette dernière avait confectionné pour son fils un repas rapide qu’il s’empressa de prendre sans discuter. Il allait partir à la recherche de Theodis, qui selon lui tardait à arriver, quand le jeune homme se matérialisa dans le salon.
Antée ne chercha même pas à cacher le soulagement qu’il avait de le voir. Il s’approcha tout de suite et l’enlaça.
Theodis se laissa faire, et répondit au baiser qu’il exigeait. Quand ils se séparèrent, leurs mères les contemplaient, attendries pendant que leurs pères regardaient tous les deux par la fenêtre.
— Tout le monde va bien ? demanda Theodis.
— Oui, ça va, répondirent-ils en chœur.
Il s’installa sur une chaise et accepta avec gratitude la boisson fraîche que lui offrit Asrée.
— Alors, maman, tu es la spécialiste, tu peux nous en dire plus ? Et surtout comment se fait-il que cette population n’ait jamais été découverte ?
— Vous n’avez pas remarqué ? s’étonna sa mère.
— Quoi donc ? demanda Asrée.
— L’or ! Ils ont de l’or partout.
— Oui, nous avons vu les toitures, mais…
— Voilà pourquoi ils n’ont jamais été repérés. L’emplacement de leur village doit être situé dans une zone où l’or doit abonder et s’il est associé à un autre matériau comme de l’acier en grosse quantité, ils empêchent les ondes de passer. À moins que nous ayons affaire à un champ magnétique comme au triangle des Bermudes. Il faut que nous y retournions, s’excita-t-elle alors.
— Ah non ! protestèrent Antée et Theodis d’une même voix. Laissons-les et…
— Oui, mais s’ils s’en prennent de nouveau à quelqu’un ? demanda Clarence.
— Je ne pense pas qu’ils le feraient, les assura la mère de Theodis. Ils vont revenir à leurs petites vies sans s’occuper de quiconque.
— Comment peux-tu dire cela, maman ?
— Parce que, si j’ai compris ce que disait le chef, les jeunes gens qui nous ont trouvés n’avaient pas eu l’autorisation de quitter leur village ni de s’avancer aussi loin dans la jungle. Ils ont dû vouloir passer outre les interdits, comme le font tous les adolescents dans n’importe quelle société. À mon avis, ils ont reçu une bonne leçon.
— Nous donnerons tout de même l’information à Hartmond et il agira en conséquence.
— Ils vont disparaître comme…
— Non, maman, la rassura Antée. C’est fini le temps où tout n’était que profit. Je suis sûr que le gouvernement trouvera une solution pour les protéger. Mais c’est vrai que l’or risque d’attirer les convoitises de mauvaises personnes.
— Antée a raison, approuva Theodis. Et si cela peut vous rassurer, nous les surveillerons. Mais vous, hors de question que vous y retourniez. Il était moins une que vous soyez sacrifiés aux Dieux !
— Nos enfants sont la voix de la sagesse ! s’écria Clarence. Je n’ai pas vraiment envie de revoir leurs têtes et surtout, nous ne devons pas oublier que nous avons un mariage à préparer.
— C’est vrai, dit Asrée en se frottant les mains. Nous ne pouvons plus nous permettre de risquer nos vies ainsi, alors que nos enfants entament une nouvelle étape de leur existence. Surtout, qu’ils vont nous donner de beaux petits enfants !
Theodis et Antée la regardèrent, curieux.
— C’est écrit, maman ? demanda ce dernier.
— Oui, s’exclama-t-elle toute joyeuse. Une belle petite fille et un beau petit garçon.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
v.d prin
Disciple indiscipliné/e


Messages : 37
Date d'inscription : 25/07/2015

MessageSujet: Re: antée et theodis   Sam 25 Juil - 17:30

Épilogue


— Seigneur, Antée, c’est si bon !
— Oui, mais plus, Theo… plus !
Les coups de reins de Theodis prirent un rythme plus violent et rapide et après quelques minutes, ils ne savaient plus où commençait l’un et où finissait l’autre. Quand ils atteignirent leur paroxysme, ils basculèrent vers le plaisir.
Theodis s’affala sur le torse de son amant pendant que ce dernier resserrait ses jambes autour de lui pour ne pas le laisser partir.
Ils restèrent quelques instants, entre rêve et réalité, sans rien dire.
Cela faisait maintenant une semaine — depuis le sauvetage de leurs parents et leur retour sur la base — qu’ils n’avaient vu personne. Ils savaient que leur petite bulle exploserait bientôt, mais ils étaient trop bien pour vraiment s’en soucier. Ils ne s’étaient pas contentés de faire l’amour. Non ! Ils s’étaient entraînés aussi… un peu. Une ou deux heures par jour. Le reste du temps, ils le passaient à se découvrir, à s’aimer, à rire, à se chamailler.
Le général avait été particulièrement discret et les hommes qui avaient gardé leur base en attendant leur retour avaient disparu dès qu’ils étaient arrivés.
— Nous devrions nous lever, non ? demanda Antée après que Theodis se soit retiré et couché près de lui.
— Pour quoi faire ? Nous sommes bien là. Personne ne nous attend. Nous avons bien le droit de rester au lit autant de temps que nous le voulons. Tu te rends compte qu’en deux semaines, nous avons sauvé le monde d’une météorite géante, que nous avons permis à un président et son ministre de vivre leur histoire d’amour tout en sauvant leur peau, et enfin que nous avons évité à nos parents une mort certaine.
— C’est vrai, approuva Antée en souriant. Nous sommes productifs, hein ?
— Nous sommes les plus forts tous les deux, oui. Nous devrons bientôt rejoindre le monde réel et je n’en ai pas envie. Comment penses-tu que nous allons organiser notre vie ?
Antée y avait bien sûr déjà réfléchi et il hésita à donner son avis.
— Je… et bien…
— Vas-y, dis-moi, bébé !
— J’aimerais vivre avec toi, mais pas tout de suite.
Theodis fronça les sourcils et se redressa.
— Pourquoi ? demanda-t-il d’un ton plus froid.
— Je me suis dit que nous n’avons pas vraiment eu de rendez-vous et je voudrais en revenir à ton idée de départ, mais on garde le sexe quand même.
— Mon idée de départ ?
— Apprendre à nous connaître. Tu sais, sortir ensemble, aller au restaurant, au ciné un peu comme notre séjour à Parisis. Je voudrais que tu viennes me chercher chez moi, que tu discutes cinq minutes avec mes parents, un peu timide avant que nous partions et…
Theodis éclata de rire. Antée lui lança alors un oreiller qui atterrit directement sur le sol sans toucher sa cible qui venait de disparaître.
— Pourquoi ris-tu ? grommela Antée.
— Parce que tu es tellement romantique, bébé. Bien sûr, j’aurais dû y penser moi-même. Je suis d’accord pour les rendez-vous, mais j’aimerais que tu réfléchisses à l’endroit où tu aimerais vivre par la suite. Car nous n’allons pas avoir des rendez-vous pendant des années, c’est moi qui te le dis.
— Ici !
— Quoi, ici ? demanda Theodis.
— Nous pourrions aménager la base pour en faire notre chez nous. J’ai calculé qu’avec l’argent que le gouvernement me doit, nous pourrions faire tous les travaux que nous désirons. Nous pourrions utiliser toute cette partie pour en faire notre habitation, déjà. Ensuite, nous pouvons mettre une piscine à l’arrière, créer un jardin avec des arbres et des fleurs, transformer ce qui servait de garage pour en faire une salle de sport… J’ai plein d’idées. Et pendant que tout ça s’organise, tu me fais la cour, comme au bon vieux temps. Ou moi, comme tu veux. Un coup toi, un coup moi.  
Theodis se releva, alla jusqu’à la fenêtre et essaya d’imaginer ce lieu transformé. Il sourit en se tournant vers Antée qui attendait sa réponse toujours allongé et nu.
— Tu as raison. Il nous faut un endroit rien que pour nous, et ici me semble parfait. Je suis d’accord !
Il se mit à rire et sauta sur son amant qui le reçut en ouvrant ses bras et ses jambes.
— Tout ça m’a donné faim, grogna Theodis en léchant son cou et en le mordillant.
Antée sentit l’appétit de son homme se presser contre sa cuisse et ne put éviter le sien de s’afficher. Ils allaient s’embrasser quand…
— Antée, Theodis, où êtes-vous ?
La voix grondante du général qui se rapprochait de leur chambre les obligea à se séparer.
Quand il ouvrit la porte, Hartmond, suivi de deux de ses hommes en resta un instant sans voix.
— Mais vous êtes encore couchés… (Il claqua la porte au nez de ses soldats,) et vous êtes nus !
— Euh, général, nous ne vous avons pas entendu arriver.
— Normal, j’ai testé un nouvel hélicoptère silencieux. Vous n’avez vraiment rien entendu ?
— Non, général, répondit Theodis, mais en même temps nous étions un peu occupés et…
— Je ne veux rien savoir. Avez-vous au moins vu ce qu’il se passe à la télévision ?
Les deux jeunes hommes se regardèrent et secouèrent négativement la tête.
— Mais que faites-vous de votre temps… non ! Je ne veux rien savoir !
Il prit la télécommande et mit l’appareil en marche. Il choisit le canal des informations.
« Je suis le docteur Blascher ! J’exige que le gouvernement de ce pays me verse la somme de cent milliards de dollars sinon je lâche sur l’une des plus grandes villes du pays un virus qui éliminera quatre-vingt-quinze pour cent de sa population. Je donne trois jours à vos dirigeants pour réunir l’argent et le déposer sur un compte dont j’ai donné les coordonnées par une autre voie. Vos dirigeants me connaissent ! Ils savent que je ne plaisante pas. »
— Le docteur Blascher ! commenta Theodis. Je me disais aussi qu’il était vraiment très discret. Je suppose que Jonas Peterson n’est pas très loin. Il n’a pas l’air très aimable, le bonhomme.
— Je suis certain qu’il fera ce qu’il a promis, approuva Antée en bâillant. On va aller lui parler à ce mégalomane !
— Bon, et bien, vous vous levez maintenant, il y a du travail ! ordonna le général en se frottant les mains.
Les deux super-héros se regardèrent et Antée fit un signe de tête à Theodis. Ce dernier se tourna alors vers Hartmond qui se sentit soulever. Avant d’avoir pu protester, il se retrouva derrière la porte de leur chambre qui se referma en claquant.
— Quand allez-vous le chercher ? cria-t-il tout de même en tapant du poing.
Il n’entendit aucune réponse. Il poussa ses hommes qui se trouvaient toujours au même endroit et partit en râlant sur le peu de conscience professionnelle des jeunes.

FIN.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: antée et theodis   

Revenir en haut Aller en bas
 
antée et theodis
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Annuaire Yaoi :: L'annuaire du Yaoi :: Le coin des Textes d'Auteurs :: VD Prin-
Sauter vers: